Extrait
de :
Le Livre moderne. Revue du Monde littéraire et des
Bibliophiles contemporains
publiée par Octave Uzanne.
10 avril 1890, n° 4, p. 257 sqq.
CHARLES MONSELET CHEZ MALASSIS
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Miettes et Charges Littéraires inédites
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POULET-MALASS1S, qui fut Bibliophile de la bonne méthode, c'est-à-dire un curieux épris de tout ce qui concourt au groupement des documents divers sur un écrivain et sur les livres de cet écrivain, avait le bon esprit, ayant été éditeur, - de conserver dans ses livres et au besoin de réunir en des recueils factices tout ce qu'il pensait pouvoir présenter un intérêt réel émanant des principaux auteurs dont il avait réclamé l'appui à leurs débuts. Grâce à l'intelligence et à la bonne ordonnance de cet ex-éditeur lettré, les bibliophiles possèdent aujourd'hui des exemplaires uniques, dont l'intérêt littéraire et artistique s'impose déjà et qui rendront de véritables services quelque prochain jour à l'histoire des lettres. C'est par ces archives de Malassis qu'il nous a été permis de goûter à Baudelaire intime et sans pose ; c'est encore à lui que nous devrons la connaissance familière d'Asselineau, de Delvau, de Banville et de Monselet sous plus d'un point de vue curieux. |
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Parmi les recueils précieux qui formaient la bibliothèque de Malassis, l'un d'eux, qui avait été acquis par Noilly, est devenu notre propriété lors de la vente de celui-ci en mars 1886. Il est intitulé : Charles Monselet : Correspondance littéraire et dessins. C'est un recueil factice, petit in-4°, qui ne comprend pas plus de quinze pièces littéraires d'une véritable originalité ; il est cartonné en percaline citron, ainsi que la plupart des brochures de l'associé de de Broise, et se trouve revêtu de son magistral ex-libris : Je L' ai, gravé si largement par Bracquemont [sic]. La plaquette s'ouvre sur un portrait-charge que Charles Monselet fit de lui-même en un moment de bonne humeur sur la table même de son éditeur et que celui-ci eut la prudence de conserver. Nous reproduisons ici cette charge gaminement traitée par l'auteur de Monsieur Cupidon. Au second feuillet, nouveau dessin du même Monselet, c'est une composition humoristique intitulée : Grand concours de Poissy, et qui doit représenter quelque Charles Bataille ou un Amédée Rolland recevant d'un maire rural la couronne virginale réservée aux rosières. |
Une nouvelle
composition caricaturale du biographe des Oubliés
et Dédaignés, se trouve fixée sur
le troisième feuillet blanc. Cette naïve
fantaisie est intitulée les Chercheurs d'or, Grand
concours, et l'on sent qu'elle a trait à l'un des
événements de l'époque et qu'elle a
dû naître sous la plume de Monselet comme
illustration d'une causerie animée sur le
sujet. Le quatrième
croquis charge
porte des légendes à la plume et reste comme
un document d'un enfantillage aimable qui fait grand honneur
à l'il observateur et au sens comique de
Monselet. C'est un banquet présidé par le
baron Taylor, grave et ému, qui nous est mis sous le
regard ; les convives sont Hippolyte Castille,
Mirecourt, le biographe, et Marie Aycard. Ces quatre
binettes, très malicieusement ressemblantes et d'une
drôlerie indiscutable : Taylor, c'est un
Bonaparte; Castille, un Clovis Hugues, Mirecourt, c'est
Carnot en personne, Marie Aycard, évoque le petit
père Thiers. x Nous avons
vu, dans les ventes et chez des collectionneurs, de
nombreuses charges tracées en quelques secondes par
le pauvre Monselet. Toutes ont le même sentiment
d'humour et le même esprit d'écolier
blagueur ; on ferait avec ces riens réunis un
singulier petit recueil d'autant plus plaisant à
feuilleter qu'il serait plus imprévu. A la suite de
ces croquaillons d'homme de lettres, Malassis a tenu
à conserver des petits vers que Monselet crayonnait
en se jouant, alors qu'il occupait ses loisirs chez son
hôte, l'imprimeur d'Alençon, en compagnie d'une
joyeuse fournée de confrères,
édités au passage Mirès. Écoutez
cette chanson sans façon :
- 5 - Dans le chef-lieu d'Alençon
On imprime, on imprime,
Dans le chef-lieu d'Alençon,
On imprime tout au long.Montégut a sa lucarne ;
Et Babou, son belvéder,
L'un semble M. de Carne,
Et l'autre Fanny Ellsler.Dans le chef-lieu d'Alençon, etc.
Asselineau va voir traire
Les vaches de Sennery,
Et Weil fait, pour le distraire,
Des bedids gonddes rentis.
[Des petits comptes rendus]Dans le chef-lieu d'Alençon, etc.
Le reste du recueil comprend : 1° une carte de duel de M. de Foy, agent matrimonial à Monselet, le traité signé de la Lorgnette Littéraire et neuf lettres autographes pleines de détails, de l'auteur à l'éditeur, relativement à la publication de ce dernier ouvrage. Nous ne pourrions résumer ici, aujourd'hui, cette correspondance et nous la donnerons quelque jour par extraits importants. Ce qu'il nous convient d'indiquer en terminant ces quelques notes brochées avec hâte, c'est que Malassis voulait absolument adopter pour la Lorgnette littéraire ce vilain titre lugubre : la Fosse commune ; ce ne fut qu'à la dernière heure, au moment même de mettre sous presse, que Monselet obtint gain de cause et conserva pour |
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son Dictionnaire des grands et petits auteurs, le titre que nous lui connaissons et qui convient si bien à l'esprit endiablé de ce livre pétillant qui vivra plus longtemps que tous les VAPEREAU réunis. [Octave Uzanne] F I N
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