30 septembre 2002

P  IO   N

Extraits de Piron et images des livres d'où ils sont extraits.

Piron, quelques livres

 

Rendons au hasard ce qui lui est dû : notre corpus de livres de Piron lui doit tout. Ayant acheté des livres de Piron que nous trouvions au hasard des ventes, nous avons été surpris par la différence des éditions de cet auteur, et nous avons eu le désir de les montrer, et eux seuls ; on ne s'étonnera donc point des lacunes, on en accusera le hasard.

Lorsque Piron mourut, son neveu, Bernard Piron, écrivit pour lui cette épitaphe, pas vraiment chaleureuse (citée par H. Bonhomme, dans Piron. Complément…, 1865, p. 386) :

Ci-gît le célèbre Piron
Des poètes la rocambole,
Qui légua, nous faisant faux-bond :
A Juvigny ses torche-culs,
A sa catin tous ses écus,
A son neveu pas une obole.

On excusera le neveu  : son oncle l'avait déshérité pour léguer tous ses biens à Antoinette, Annette ou Nanette, la fille d'une de ses cousines, - qui le méritait, pour s'être occupée de lui quand il était vieux, veuf et presque aveugle. Piron l'appelait «la nièce», et «nièce» ou «catin», elle épousa le violoniste Capron à l'insu, croyait-elle, de Piron, fort au courant de la chose, puisqu'il légua ses biens à «Nanette, ma nièce, femme de Capron». Juvigny, dont on parlera plus loin, était l'ami le plus proche de Piron, qui le désigna comme exécuteur testamentaire. Rocambole des poètes ? la rocambole est le nom vulgaire de l'ail d'Espagne, et la rocambole, nous dit Littré, réveille l'appétit. ; c'est aussi ce qu'il y a de plus piquant dans une chose. Piquante fut à un point extrême l'Ode à Priape qui circulait manuscrite ou transmise par la voie orale dans toute l'Europe. Piron avait des talents divers : homme de théâtre, il fut l'auteur de La Métromanie, mais aussi de contes en vers, d'épigrammes, de chansons ; Piron dont les collectionneurs possédaient quantité de lettres ; Piron, l'ennemi de grands personnages de son temps, Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire - mais aussi Fréron et l'abbé Desfontaines. Piron le bourguignon. Piron mal à l'aise devant la porofesion d'apothicaire de son père. Piron le converti de la dernière heure, qui, avant d'être touché par la grâce, avait écrit ce «Portrait du diable», couplet d'une chanson de vingt strophes parodiant Le Paradis perdu de Milton :

Il a la peau d'un rôt qui brûle,

Le front cornu

Le nez fait comme une virgule ;

Le pied crochu,

Le fuseau dont filoit Hercule ;

Noir & tortu ;

Et pour comble de ridicule,

La queue au cu.

Cette variété de Piron ne pouvait que se refléter dans la présentation simplement matérielle de ses écrits.

Le Juvigny de l'épitaphe du neveu déshérité est Rigoley de Juvigny, conseiller honoraire au Parlement de Metz, de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon, qui donna une éditions des Œuvres complettes [sic] d'Alexis Piron en sept ou neuf volumes - car elle existe en deux formats, l'un 8 x 14,5 cm, l'autre, plus luxueux, 12 x 20 cm. C'est une édition officielle, où ne sont admis d'écrits licencieux que juste ce qu'il faut. Presque à l'opposé, toute une série d'éditions intitulées Œuvres badines - tout comme il y eut des Œuvres badines de Grécourt ou de Robbé de Beauveset et qui ont leur charme, si on ne peut leur accorder aucun crédit d'authenticité.

L'édition de Rigoley de Juvigny est précédée d'un «Discours préliminaire» et d'une «Vie d'Alexis Piron» par Rigoley, qui avait été un ami de Piron. Dans sa «Vie…», Rigoley s'inspire de Piron lui-même, qui, dans sa préface à La Métromanie, s'était laissé allé à des confidences sur son enfance et sa jeunesse. Confidences toutes mêlées d'ironie où Piron, pudeur ou goguenardise, qualifie ainsi son choix de devenir poète :

«Par inclination, peut-être autant que par extrémité, toute métaphore cessant, j'embrassai l'unique & bizarre espèce de profession dont le début & l'exercice n'exigent outils, chef-d'œuvres, lettres de maîtrise, avances, degrés, naissances, crédit ni protection. L'on s'établit comme on peut.»

 Tout ce que Rigoley de Juvigny avait publié, était estampillé ; de plus, l'édition était digne d'entrer dans une bibliothèque. Piron, poète fécond, avait composé des chansons, des épigrammes, des contes qu'il désavouait officiellement. Aussi après sa mort, après l'édition de Rigoley de Juvigny, vit-on paraître des recueils intitulés Œuvres badines d'Alexis Piron, populaires et fautifs, qui ont pour eux le charme de la clandestinité. Le premier, dans le temps, fut peut-être celui qui parut en 1796 (An IV), A Paris, chez les marchands de nouveautés. De format 8 x 12,5 cm, 192 pages, avec un portrait de Piron, et les inévitables gravures libres. Une autre édition en 1798, avec un frontispice gravé, contenant 79 pièces. Autre édition, A Voluptopolis, chez les marchands d'amourettes, 1804, et 8 lithographies libres, coloriées au pinceau. Cette liste n'est pas exhaustive, et le point commun de ces éditions est de mélanger allègrement des écrits de Voltaire, Grécourt, Jean-Baptiste Rousseau, Robbé de Beauveset, d'autres encore, à ceux de Piron. Notre exemplaire, (broché, 1805) donne l'Ode à Priape, et, pour faire bonne mesure, car il est dans le même genre, le Chapitre général des Cordeliers, dont personne, à vrai dire, ne connaît l'auteur.

Cette fameuse Ode à Priape, qui colle au nom de Piron, quelle est-elle ? L'histoire littéraire a retenu que Piron ne fut pas, à cause d'elle, admis à l'Académie française. C'est vrai, mais, comme toujours, l'histoire est plus longue. Piron avait été accepté par les académiciens, et parmi eux, Fontenelle, quand Jean-François Boyer, évêque de Mirepoix de 1730 à 1736, et chargé de la feuille des bénéfices de 1743 à 1755, précepteur du dauphin, signala l'ode à Louis XV. Le roi, qui en douterait ? la connaissait, mais il ne pouvait plus parrainer officiellement Piron ; à sa manière, il se vengea de cette pression indiscrète : «étant allé porté à Louis XV la fameuse ode, il [Boyer] fut obligé de la lire à haute voix à Sa Majesté, qui feignit malicieusement de ne la pas connaître. Ce jour-là, Louis XV fut un grand roi» (H. Bonhomme, Piron, complément…, 1865, p. 3, note). Ajoutons que Boyer n'avait été que l'instrument de Bougainville, qui se présentait à l'Académie en même temps que Piron. Piron ne fut donc pas de l'Académie, et Bougainville fut reçu le 30 juin 1754 ; en 1753, ce fut le prince de sang, Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont (présent dans les Portraits intimes du XVIIIe siècle) qui fut élu pour succéder à Gros de Boze. Après l'échec de Piron, Montesquieu intervint en sa faveur auprès de Mme de Pompadour qui, à son tour, se tourna vers son royal amant, et Piron écrivit une fable pour le Roi-Lion :

AU ROI,
Fable.
Le lion et la fourmi.

[… Piron s'adresse au roi :]
Je n'ai vivre ni manoir,
Grain de bled, trou ni geole.
J'eus de tout : un fils d'Éole
M'ôte mon petit avoir ;
Et l'hiver vient à sa suite.
Sire, de vous seul j'attends
De quoi vivre tout ce temps ;

{…]

(Œuvres complettes de Piron,
p.p. Rigoley de Juvigny,
in-12, t. VIII, p. 396)

Généreux, Louis XV accorda, pour compenser les revenus fixes que Piron n'aurait pas comme académicien, une pension annuelle de mille livres sur sa cassette. Remerciement versifié de Piron : «La crosse m'avait mis à bas/Le sceptre me relève.» Piron n'oublia jamais son échec ; sous connaissons tous l'épitaphe  : «Ci-gît Piron qui ne fut rien/Pas même académicien» ; nous connaissons moins ce couplet de chanson :

Sur l'Air : Vous en venez.

Vous butez à l'Académie :
Vous n'avez ni goût, ni génie ;
Et la Langue vous ignorez :
Vous en serez! vous en serez!
Ah! je vois bien que vous en serez ;
Que vous en serez.

(Œuvres complettes d'Alexis Piron,
p.p. Rigoley de Juvigny, Paris, 1776,
édition in-8°, t. VII, p. 349)

On ne sait si ce fut avant ou après la candidature de Piron à l'Académie, on ne sait si ce fut pour remercier Louis XV, mais on connaît une «Ode à l'occasion de la convalescence du Roi», qui a paru dans une édition clandestine du XVIIIe siècle, Poésie de Piron. L'ode est intitulée L'Étron royal, avec cette note : «Cette pièce qui a beaucoup couru dans le temps de sa nouveauté, & qui est devenues très rare, est une de ces folies d'imagination, qu'il est bon de conserver comme des traits caractéristiques.» On n'est pas sûr que Piron en soit l'auteur, on citera néanmoins un couplet (il y en a cinq) de cette production :

Que vois-je, ô ciel! c'est un étron…
Que la matière en est louable!
Il est gros comme un saucisson ;
Il garnirait bien une table.
C'est l'œuvre du plus grand des Rois.
L'odeur, le goût sentent le trône
Et jamais un anus bourgeois,
N'en eut accouché sans matrône.

L'Ode à Priape avait été écrite vers 1712 pour répondre à un défi. Un ami de Piron, Jehannin, futur conseiller au Parlement de Bourgogne, avait écrit une ode à la paresse, et Piron s'engagea à faire mieux, choisissant de célébrer Priape. Pari réussi, la priapée fut applaudie par les uns, et scandalisa les autres, - les bonnes âmes ; le procureur général au Parlement de Bourgogne ouvrit une information contre Piron, mais le premier président de ce Parlement, Bouhier, convoqua le poète, en lui recommandant de déclarer que l'auteur en était lui-même, Bouhier. L'information fut close. Mais l'ode fut remise au jour lorsque Piron se présenta, au mois de juin 1753, à l'Académie française, comme on l'a vu plus haut. Piron n'appartint pas à l'Académie française, mais il fut reçu membre honoraire de celle de Dijon le 11 juin 1762. Quant à l'Ode à Priape, elle enfanta une «Parodie à Priape», que l'on trouve dans les Œuvres badines, mais qui n'est sans doute pas de Piron ; c'est la contre-partie homosexuelle d'une Ode tout hétérosexuelle. Dans Histoire de Juliette, Sade l'attribue, sans doute par malice, au cardinal de Bernis.

L'Ode à Priape, reproduite dans les Œuvres badines, fut également éditée seule. L'une de ces éditions a été condamnée à la destruction par la 6e chambre du tribunal correctionnel de la Seine le 25 juin 1869. Voici une édition avec un dépôt légal en 1956, par les Éditions de La Plume, La Ramée (Seine & Marne). La préface est signée, avec un clin d'œil, Sade un Sade qui lirait des romans policiers et citerait Mallarmé, qui connaîtrait le cinéma ; l'opuscule de 12 pages (une par strophe, et chacune illustrée en similigravure) a été tiré à 100 exemplaires, et réservés aux «Amateurs d'art galant». Le tirage limité et réservé à des amateurs était façon d'échapper à la censure.

Piron n'est pas l'auteur de seules gravelures. Voici un exemplaire populaire mais sans Ode à Priape ou autre badinage, faite pour un «public éclairé» : Œuvres choisies de Piron, 2 volumes in-18, cartonnée, édition stéréotype d'après le procédé de Firmin Didot, A Paris, de l'imprimerie et de la fonderie stéréotypes de P. Didot l'aîné, et de Firmin Didot, 1816. Il y avait des éditions sur papier ordinaire, papier fin, papier vélin, et grand papier vélin. Le premier tome est consacré au théâtre, avec une tragédie, Gustave Wasa et la célèbre comédie La Métromanie ; l'art dramatique est encore présent au second tome, avec une pastorale, Les Courses de Tempé et Arlequin-Deucalion ; puis, des épîtres, des stances, odes et madrigaux, des poèmes et contes, des épigrammes, des épitaphes et enfin des chansons, mais très convenables.

La Fontaine, puis Vergier, avaient donné naissance à toute une série de conteurs galants, et Piron fut l'un d'eux. En 1879 parut chez Lemonyer, libraire de Rouen, une très jolie petite édition en deux volumes, avec des vignettes de Duplessis-Bertaux : Contes et nouvelles en vers. Au deuxième tome, voici Piron en compagnie de Grécourt, Saint-Lambert, Champfort, Dorat, La Monnoye et François de Neufchâteau.

Encore une fois, nous allons à l'opposé : une édition commune, sans date : Chansons choisies de Piron, Collé, Gallet, Favart, Lattaignant… etc., où, sur la couverture, le nom de Piron est en grandes capitales, ceux de Collé et Gallet, en capitales plus petites, et les autres noms, en capitales encore plus petites - le menu fretin. «Bibliothèque des plus jolies chansons, Paris, Chez tous les marchands de nouveautés, prix : 2 francs. C'est destiné aux amusements en société, passons vite.

En 1927, pis encore ; sous le titre Œuvres badines de Piron, mais sans l'ode à Priape, un recueil, précédé d'une «Notice sur la Vie de Piron par Charles Lauvereau», qui signe sa notice : Charles Lauvereau, Bourguignon ; Quignon, éditeur 16 rue Alphonse Daudet, Paris-14e. Chez le même éditeur, par Jean de Letraz et Suzette Desty, Nicole s'éveille…, roman ; Nicole s'égare…, encore un roman, d'Armand Villette, Du trottoir à Saint-Lazare et d'André Rochefort, L'École de la luxure. Vous eussiez pu acheter encore Histoires de Commis-Voyageurs ou Histoires de Curés. L'édition est avouée et avouable, l'orthographe modernisée, et on y trouve toujours des contes en vers ou des poésies de Charles Bordes ou Robbé de Beauveset, attribués à Piron, sans parler des épigrammes. On a d'ailleurs toujours plaisir à lire l'épigramme de «L'I grec» ; pour l'apprécier, il faut savoir que «la boutonnière» était le sexe féminin, et l'œillet, l'anus, et la béquille… tout le monde a compris.

Marc une béquille avait,
Faite en fourche, et de manière
Qu'à la fois elle trouvait
L'œillet et la boutonnière.
D'une indulgence plénière
Il crut devoir se munir,
Et courut, pour l'obtenir,
Conter le cas au Saint Père
Qui s'écria : «Vierge mère!
Que ne suis-je ainsi bâti…
Va, mon fils, baise, prospère…
Gaudeant bene nati

De la même époque (1928) cette édition qui «Se vend à Paris aux Éditions d'art de l'Intermédiaire du bibliophile», premier ouvrage de la collection «Conteurs libertins du temps passé». Le titre complet est  : Œuvres badines. Précédées d'une étude bio-bibliographique de Fernand Mitton. L'ouvrage a été tiré à mille exemplaires numérotés et les cent premiers exemplaires sont accompagnés d'une suite libre de six planches, gravées à la pointe sèche par Léon Courbouleix, tirées en sanguine sur Japon ancien. Les personnages des gravures sont habillés, quand ils le sont, avec des vêtements modernes, ce qui les rend curieuses, - curieuses, non point plaisantes, en 2002.

Nous nous sommes égarés sur des chemins qui, autrefois, menaient à l'Enfer, celui de la BNF. Les éditions Garnier, elles ont donné une édition proprette et aseptisée, Œuvres choisies de Piron. Avec une analyse de son théâtre et des notes par M. Jules Troubat, précédées d'une notice par M. Sainte-Beuve de l'Académie française. La notice de Sainte-Beuve, d'un travail soigné et précautionneux, passe sous silence ou presque les productions licencieuses de Piron, sauf l'inévitable Ode à Priape ; étude intéressante pour nous, car elle y rend hommage aux Portraits intimes du XVIIIe siècle, où les Goncourt consacrent un de leurs portraits à Piron. «Il est juste de distinguer», écrit Sainte-Beuve, parmi les études récentes sur Piron, «les notices de M. Arsène Houssaye, de M. Édouard Fournier [notice pour les Œuvres de Piron, Adolphe Delahays, 1857] et un croquis très-vif de MM. de Goncourt .»

La source principale de Sainte-Beuve est l'ensemble des ouvrages d'Honoré Bonhomme. Honoré Bonhomme qui s'évertue à disculper Piron d'avoir écrit des vers trop vifs, ce qu'il appelle des «irrévérences littéraires» :

«On a de lui des contes et des épigrammes qui ne le cèdent guère, pour la crudité du ton, à leur sœur aînée [l'Ode à Priape].
[…Des crudités se trouvent dans] un recueil qui a été publié après sa mort, et souvent réimprimé, sous le titre de : Poésies badines d'Alexis Piron. Mais rien n'établit l'authenticité de toutes ces élucubrations honteuses et maladives, […]
D'ailleurs en admettant que quelques unes de ces compositions soit véritablement de lui, peut-on oublier que Piron a vécu et écrit pendant la période la plus dissolue de notre histoire […]»

Honoré Bonhomme publia plusieurs livres sur Piron : Œuvres inédites de Piron (prose et vers) accompagnées de lettres également inédites adressées à Piron par MMlles Quinault et de Bar. Publiées sur les manuscrits autographes originaux. Avec une introduction et des notes par Honoré Bonhomme. Édition ornée de trois fac-simile. Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1859. Il y eut deux formats, in-8° et in-12.

Signalons ici que Mlle de Bar (Marie-Thérèse Quenaudon, dite mademoisselle de Bar, du nom de la ville, Bar-le-Duc liue le plus proche de son lieu de naissance)est cette femme que Piron épousa puis soigna lorsqu'elle perdit l'esprit. Cela avait été un mariage de raison ; Piron et Mlle de Bar s'étaient connus chez la marquise de Mimeure, dont la future Mme Piron était la dame de compagnie. Après la mort de sa femme, en 1751, Piron, presque aveugle, fut soigné par sa nièce, Antoinette, celle de l'épigramme du neveu de Piron citée plus haut.

Deuxième ouvrage de Bonhomme sur Piron : Piron. Complément de ses œuvres inédites. Prose et vers. Publié sur documents authentiques et manuscrits autographes. Avec une introduction et des notes par Honoré Bonhomme. Paris, Ferdinand Sartorius, 1865.

Le troisième : Œuvres posthumes de Piron (Prose et vers). Accompagnées de la correspondance adressée à Piron par Mademoiselle de Bar. Publiées sur les manuscrits autographes originaux, avec une introduction et des notes par Honoré Bonhomme. Paris, E. Dentu, 1888.

Ajoutons des Voyages de Piron à Beaune, en 1 volume, avec une introduction et des notes, Paris, Jules Gay, 1863, in-32 ; réimpression en 1884, Jouaust et Sigaux, in-18. C'est, dit Bonhomme dans une de ses introductions, la seule relation complète et en partie inédite, publiée sur les manuscrits autographes originaux. Et dans une série soigneusement expurgée, chez Quantin, toujours décevante quel que soit l'auteur choisi et plus faite pour les bibliothèques d'apparat que pour la lecture, Poésies choisies et pièces inédites d'Alexis Piron, avec une notice bio-bibliographique, 1879.

Bonhomme a beaucoup publié sur le XVIIIe siècle ; c'est lui qui a édité, entre autres, Journal et Mémoires de Collé en 3 volumes (Paris, Firmin Didot, 1868) et une Correspondance inédite du même Collé. On ne cite pas toutes ses productions ; et, en plus, il écrivait des vers! Haltes et récits, Prose et vers en un volume.

Bonhomme a lu les Portraits intimes du XVIIIe siècle des frères Goncourt. Il leur reproche (Œuvres inédites de Piron, Poulet-Malassis et de Broise, 1859, p. 270) d'avoir publié une lettre de Piron, sans date ni adresse, en la croyant destinée à Voltaire. Il est vrai que Mathurin de Lescure (qui nous expliquera pourquoi ce personnage très connu est toujours cité : «M. de Lescure», et pourquoi on lui donne comme prénoms Mathieu-François-Adolphe ?) avait soulevé le lièvre avant lui, et Bonhomme cite l'article de Lescure, paru à la Gazette de France du 8 juin 1858 où l'auteur, dixit Bonhomme, «a exprimé des réserves touchant ce qu'il appelle les traits hasardés de MM. de Goncourt, dans leur étude sur Piron.» Reste que Bonhomme rend hommage au travail des Goncourt : «Des esprits généreux ont pris à tâche de le réhabiliter [Piron] aux yeux des gens honnêtes, en le présentant sous sa véritable physionomie» (Œuvres posthumes de Piron, 1888, p. 14 et la note 4).

Face à l'abondance de documents proposée par Honoré Bonhomme, un petit recueil de 81 pages ; face à Bonhomme qui semble avoir consacré une partie de sa vie à Piron, un amateur qui reste anonyme et qui publie, avec la belle typographie de Louis Perrin, des lettres héritées de son père. Le livre ? Lettres d'Alexis Piron à M. Maret, secrétaire de l'Académie de Dijon, Lyon, Imprimerie de Louis Perrin, 1860. M. Maret est Hugues Maret (1726-1785), médecin de Dijon, devenu secrétaire perpétuel de l'Académie de Dijon en 1764.

Dans son recueil Contes et Conteurs Gaillards du XVIIIe siècle (Paris, H. Daragon, 1906, collection «Bibliothèque du Vieux Paris) Adolphe Van Bever (encore un chercheur brouillé avec son prénom, car il ne signe que : «Ad.») fait la synthèse des notices parues avant la sienne et donne sept contes en vers de Piron. Van Bever a le mérite d'être retourné, pour tout ce volume, aux manuscrits (avec d'inévitables erreurs de lecture), et signale ce qui n'est peut-être pas de Piron.

Les éditions ou études que nous avons citées oscillent entre deux styles : disculper Piron de s'être livré à des inventions peu chastes, ou le tirer du côté de la seule grivoiserie. La postérité a choisi une troisième voie, injuste : l'oublier. Pourquoi ne lit-on plus Piron ? Ses pièces de théâtre sont mortes autant que celles de Voltaire ; ses contes en vers nous paraissent un peu longuets ; mais que de choses à sauver! sans parler de la correspondance, qui mériterait d'être lue comme on lit un récit ou un témoignage - et dans ce domaine, bien des découvertes restent encore à faire, car Piron écrivait presque autant que son grand ennemi, Voltaire.

   
 Suite : les textes de Piron et les livres d'où ils sont extraits