|
Rendons au hasard ce qui lui
est dû : notre corpus de livres de Piron lui doit
tout. Ayant acheté des livres de Piron que nous
trouvions au hasard des ventes, nous avons été
surpris par la différence des éditions de cet
auteur, et nous avons eu le désir de les montrer, et
eux seuls ; on ne s'étonnera donc point des
lacunes, on en accusera le hasard.
Lorsque Piron mourut, son
neveu, Bernard Piron, écrivit pour lui cette
épitaphe, pas vraiment chaleureuse (citée par
H. Bonhomme, dans Piron. Complément
,
1865, p. 386) :
|
Ci-gît
le célèbre Piron
Des poètes la rocambole,
Qui légua, nous faisant faux-bond :
A Juvigny ses torche-culs,
A sa catin tous ses écus,
A son neveu pas une obole.
|
On excusera le neveu :
son oncle l'avait déshérité pour
léguer tous ses biens à Antoinette, Annette ou
Nanette, la fille d'une de ses cousines, - qui le
méritait, pour s'être occupée de lui
quand il était vieux, veuf et presque aveugle. Piron
l'appelait «la nièce», et
«nièce» ou «catin», elle
épousa le violoniste Capron à l'insu,
croyait-elle, de Piron, fort au courant de la chose,
puisqu'il légua ses biens à «Nanette, ma
nièce, femme de Capron». Juvigny, dont on
parlera plus loin, était l'ami le plus proche de
Piron, qui le désigna comme exécuteur
testamentaire. Rocambole des poètes ? la
rocambole est le nom vulgaire de l'ail d'Espagne, et la
rocambole, nous dit Littré, réveille
l'appétit. ; c'est aussi ce qu'il y a de plus
piquant dans une chose. Piquante fut à un point
extrême l'Ode à Priape qui circulait
manuscrite ou transmise par la voie orale dans toute
l'Europe. Piron avait des talents divers : homme de
théâtre, il fut l'auteur de La
Métromanie, mais aussi de contes en vers,
d'épigrammes, de chansons ; Piron dont les
collectionneurs possédaient quantité de
lettres ; Piron, l'ennemi de grands personnages de son
temps, Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire - mais aussi
Fréron et l'abbé Desfontaines. Piron le
bourguignon. Piron mal à l'aise devant la porofesion
d'apothicaire de son père. Piron le converti de la
dernière heure, qui, avant d'être touché
par la grâce, avait écrit ce «Portrait du
diable», couplet d'une chanson de vingt strophes
parodiant Le Paradis perdu de
Milton :
|
Il
a la peau d'un rôt qui brûle,
Le
front cornu
Le
nez fait comme une virgule ;
Le
pied crochu,
Le
fuseau dont filoit Hercule ;
Noir
& tortu ;
Et
pour comble de ridicule,
La
queue au cu.
|
Cette variété
de Piron ne pouvait que se refléter dans la
présentation simplement matérielle de ses
écrits.
Le Juvigny de
l'épitaphe du neveu déshérité
est Rigoley de Juvigny, conseiller honoraire au Parlement de
Metz, de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de
Dijon, qui donna une éditions des uvres
complettes [sic] d'Alexis Piron en
sept ou neuf volumes - car elle existe en deux formats, l'un
8 x 14,5 cm, l'autre, plus luxueux,
12 x 20 cm. C'est une édition
officielle, où ne sont admis d'écrits
licencieux que juste ce qu'il faut. Presque à
l'opposé, toute une série d'éditions
intitulées uvres badines - tout comme il
y eut des uvres badines de Grécourt ou
de Robbé de Beauveset et qui ont leur charme, si on
ne peut leur accorder aucun crédit
d'authenticité.
L'édition de Rigoley
de Juvigny est précédée d'un
«Discours préliminaire» et d'une «Vie
d'Alexis Piron» par Rigoley, qui avait
été un ami de Piron. Dans sa
«Vie
», Rigoley s'inspire de Piron
lui-même, qui, dans sa préface à La
Métromanie, s'était laissé
allé à des confidences sur son enfance et sa
jeunesse. Confidences toutes mêlées d'ironie
où Piron, pudeur ou goguenardise, qualifie ainsi son
choix de devenir poète :
|
«Par
inclination, peut-être autant que par
extrémité, toute métaphore
cessant, j'embrassai l'unique & bizarre
espèce de profession dont le début
& l'exercice n'exigent outils,
chef-d'uvres, lettres de maîtrise,
avances, degrés, naissances, crédit
ni protection. L'on s'établit comme on
peut.»
|
Tout ce que Rigoley de
Juvigny avait publié, était
estampillé ; de plus, l'édition
était digne d'entrer dans une bibliothèque.
Piron, poète fécond, avait composé des
chansons, des épigrammes, des contes qu'il
désavouait officiellement. Aussi après sa
mort, après l'édition de Rigoley de Juvigny,
vit-on paraître des recueils intitulés
uvres badines d'Alexis Piron, populaires et
fautifs, qui ont pour eux le charme de la
clandestinité. Le premier, dans le temps, fut
peut-être celui qui parut en 1796 (An IV), A Paris,
chez les marchands de nouveautés. De format 8 x
12,5 cm, 192 pages, avec un portrait de Piron, et les
inévitables gravures libres. Une autre édition
en 1798, avec un frontispice gravé, contenant 79
pièces. Autre édition, A Voluptopolis, chez
les marchands d'amourettes, 1804, et 8 lithographies libres,
coloriées au pinceau. Cette liste n'est pas
exhaustive, et le point commun de ces éditions est de
mélanger allègrement des écrits de
Voltaire, Grécourt, Jean-Baptiste Rousseau,
Robbé de Beauveset, d'autres encore, à ceux de
Piron. Notre exemplaire, (broché, 1805) donne
l'Ode à Priape, et, pour faire bonne mesure,
car il est dans le même genre, le Chapitre
général des Cordeliers, dont personne,
à vrai dire, ne connaît l'auteur.
Cette fameuse Ode
à Priape, qui colle au nom de Piron, quelle
est-elle ? L'histoire littéraire a retenu que
Piron ne fut pas, à cause d'elle, admis à
l'Académie française. C'est vrai, mais, comme
toujours, l'histoire est plus longue. Piron avait
été accepté par les
académiciens, et parmi eux, Fontenelle, quand
Jean-François Boyer, évêque de Mirepoix
de 1730 à 1736, et chargé de la feuille des
bénéfices de 1743 à 1755,
précepteur du dauphin, signala l'ode à
Louis XV. Le roi, qui en douterait ? la
connaissait, mais il ne pouvait plus parrainer
officiellement Piron ; à sa manière, il
se vengea de cette pression indiscrète :
«étant allé porté à
Louis XV la fameuse ode, il [Boyer] fut
obligé de la lire à haute voix à Sa
Majesté, qui feignit malicieusement de ne la pas
connaître. Ce jour-là, Louis XV fut un
grand roi» (H. Bonhomme, Piron,
complément
, 1865, p. 3, note).
Ajoutons que Boyer n'avait été que
l'instrument de Bougainville, qui se présentait
à l'Académie en même temps que Piron.
Piron ne fut donc pas de l'Académie, et Bougainville
fut reçu le 30 juin 1754 ; en 1753, ce fut le
prince de sang, Louis de Bourbon-Condé, comte de
Clermont (présent dans les Portraits intimes du
XVIIIe siècle) qui fut élu pour
succéder à Gros de Boze. Après
l'échec de Piron, Montesquieu intervint en sa faveur
auprès de Mme de Pompadour qui, à son tour, se
tourna vers son royal amant, et Piron écrivit une
fable pour le Roi-Lion :
|
AU ROI,
Fable.
Le lion et la fourmi.
[
Piron
s'adresse au
roi :]
Je
n'ai vivre ni manoir,
Grain de bled, trou ni geole.
J'eus de tout : un fils d'Éole
M'ôte mon petit avoir ;
Et l'hiver vient à sa suite.
Sire, de vous seul j'attends
De quoi vivre tout ce temps ;
{
]
(uvres
complettes de Piron,
p.p. Rigoley de Juvigny,
in-12, t. VIII, p. 396)
|
Généreux,
Louis XV accorda, pour compenser les revenus fixes que
Piron n'aurait pas comme académicien, une pension
annuelle de mille livres sur sa cassette. Remerciement
versifié de Piron : «La crosse m'avait mis
à bas/Le sceptre me relève.» Piron
n'oublia jamais son échec ; sous connaissons
tous l'épitaphe : «Ci-gît Piron qui
ne fut rien/Pas même académicien» ;
nous connaissons moins ce couplet de
chanson :
|
Sur
l'Air : Vous en venez.
Vous
butez à l'Académie :
Vous n'avez ni goût, ni
génie ;
Et la Langue vous ignorez :
Vous en serez! vous en serez!
Ah! je vois bien que vous en serez ;
Que vous en serez.
(uvres
complettes d'Alexis Piron,
p.p. Rigoley de Juvigny, Paris, 1776,
édition in-8°, t. VII, p.
349)
|
On ne sait si ce fut avant
ou après la candidature de Piron à
l'Académie, on ne sait si ce fut pour remercier Louis
XV, mais on connaît une «Ode à l'occasion
de la convalescence du Roi», qui a paru dans une
édition clandestine du XVIIIe siècle,
Poésie de Piron. L'ode est intitulée
L'Étron royal, avec cette note :
«Cette pièce qui a beaucoup couru dans le temps
de sa nouveauté, & qui est devenues très
rare, est une de ces folies d'imagination, qu'il est bon de
conserver comme des traits caractéristiques.» On
n'est pas sûr que Piron en soit l'auteur, on citera
néanmoins un couplet (il y en a cinq) de cette
production :
|
Que
vois-je, ô ciel! c'est un
étron
Que la matière en est louable!
Il est gros comme un saucisson ;
Il garnirait bien une table.
C'est l'uvre du plus grand des Rois.
L'odeur, le goût sentent le trône
Et jamais un anus bourgeois,
N'en eut accouché sans
matrône.
|
L'Ode à Priape avait
été écrite vers 1712 pour
répondre à un défi. Un ami de Piron,
Jehannin, futur conseiller au Parlement de Bourgogne, avait
écrit une ode à la paresse, et Piron s'engagea
à faire mieux, choisissant de célébrer
Priape. Pari réussi, la priapée fut applaudie
par les uns, et scandalisa les autres, - les bonnes
âmes ; le procureur général au
Parlement de Bourgogne ouvrit une information contre Piron,
mais le premier président de ce Parlement, Bouhier,
convoqua le poète, en lui recommandant de
déclarer que l'auteur en était lui-même,
Bouhier. L'information fut close. Mais l'ode fut remise au
jour lorsque Piron se présenta, au mois de juin 1753,
à l'Académie française, comme on l'a vu
plus haut. Piron n'appartint pas à l'Académie
française, mais il fut reçu membre honoraire
de celle de Dijon le 11 juin 1762. Quant à
l'Ode à Priape, elle enfanta une «Parodie
à Priape», que l'on trouve dans les
uvres badines, mais qui n'est sans doute pas de
Piron ; c'est la contre-partie homosexuelle d'une Ode
tout hétérosexuelle. Dans Histoire de
Juliette, Sade l'attribue, sans doute par malice, au
cardinal de Bernis.
L'Ode à Priape,
reproduite dans les uvres badines, fut
également éditée seule. L'une de ces
éditions a été condamnée
à la destruction par la 6e chambre du tribunal
correctionnel de la Seine le 25 juin 1869. Voici une
édition avec un dépôt légal en
1956, par les Éditions de La Plume, La Ramée
(Seine & Marne). La préface est signée,
avec un clin d'il, Sade un Sade qui lirait des
romans policiers et citerait Mallarmé, qui
connaîtrait le cinéma ; l'opuscule de 12
pages (une par strophe, et chacune illustrée en
similigravure) a été tiré à 100
exemplaires, et réservés aux «Amateurs
d'art galant». Le tirage limité et
réservé à des amateurs était
façon d'échapper à la
censure.
Piron n'est pas l'auteur de
seules gravelures. Voici un exemplaire populaire mais sans
Ode à Priape ou autre badinage, faite pour un
«public éclairé» :
uvres choisies de Piron, 2 volumes in-18,
cartonnée, édition stéréotype
d'après le procédé de Firmin Didot, A
Paris, de l'imprimerie et de la fonderie
stéréotypes de P. Didot l'aîné,
et de Firmin Didot, 1816. Il y avait des éditions sur
papier ordinaire, papier fin, papier vélin, et grand
papier vélin. Le premier tome est consacré au
théâtre, avec une tragédie,
Gustave Wasa et la célèbre
comédie La Métromanie ; l'art
dramatique est encore présent au second tome, avec
une pastorale, Les Courses de Tempé et
Arlequin-Deucalion ; puis, des
épîtres, des stances, odes et madrigaux, des
poèmes et contes, des épigrammes, des
épitaphes et enfin des chansons, mais très
convenables.
La Fontaine, puis Vergier,
avaient donné naissance à toute une
série de conteurs galants, et Piron fut l'un d'eux.
En 1879 parut chez Lemonyer, libraire de Rouen, une
très jolie petite édition en deux volumes,
avec des vignettes de Duplessis-Bertaux : Contes et
nouvelles en vers. Au deuxième tome, voici Piron
en compagnie de Grécourt, Saint-Lambert, Champfort,
Dorat, La Monnoye et François de
Neufchâteau.
Encore une fois, nous allons
à l'opposé : une édition commune,
sans date : Chansons choisies de Piron,
Collé, Gallet, Favart, Lattaignant
etc.,
où, sur la couverture, le nom de Piron est en grandes
capitales, ceux de Collé et Gallet, en capitales plus
petites, et les autres noms, en capitales encore plus
petites - le menu fretin. «Bibliothèque des plus
jolies chansons, Paris, Chez tous les marchands de
nouveautés, prix : 2 francs. C'est
destiné aux amusements en société,
passons vite.
En 1927, pis encore ;
sous le titre uvres badines de Piron, mais sans
l'ode à Priape, un recueil,
précédé d'une «Notice sur la Vie
de Piron par Charles Lauvereau», qui signe sa
notice : Charles Lauvereau, Bourguignon ; Quignon,
éditeur 16 rue Alphonse Daudet, Paris-14e. Chez le
même éditeur, par Jean de Letraz et Suzette
Desty, Nicole s'éveille
, roman ;
Nicole s'égare
, encore un roman,
d'Armand Villette, Du trottoir à Saint-Lazare
et d'André Rochefort, L'École de la
luxure. Vous eussiez pu acheter encore Histoires de
Commis-Voyageurs ou Histoires de Curés.
L'édition est avouée et avouable,
l'orthographe modernisée, et on y trouve toujours des
contes en vers ou des poésies de Charles Bordes ou
Robbé de Beauveset, attribués à Piron,
sans parler des épigrammes. On a d'ailleurs toujours
plaisir à lire l'épigramme de «L'I
grec» ; pour l'apprécier, il faut savoir
que «la boutonnière» était le sexe
féminin, et l'illet, l'anus, et la
béquille
tout le monde a compris.
|
Marc
une béquille avait,
Faite en fourche, et de manière
Qu'à la fois elle trouvait
L'illet et la boutonnière.
D'une indulgence plénière
Il crut devoir se munir,
Et courut, pour l'obtenir,
Conter le cas au Saint Père
Qui s'écria : «Vierge
mère!
Que ne suis-je ainsi bâti
Va, mon fils, baise, prospère
Gaudeant bene nati.»
|
De la même
époque (1928) cette édition qui «Se vend
à Paris aux Éditions d'art de
l'Intermédiaire du bibliophile», premier ouvrage
de la collection «Conteurs libertins du temps
passé». Le titre complet est :
uvres badines. Précédées d'une
étude bio-bibliographique de Fernand Mitton.
L'ouvrage a été tiré à mille
exemplaires numérotés et les cent premiers
exemplaires sont accompagnés d'une suite libre de six
planches, gravées à la pointe sèche par
Léon Courbouleix, tirées en sanguine sur Japon
ancien. Les personnages des gravures sont habillés,
quand ils le sont, avec des vêtements modernes, ce qui
les rend curieuses, - curieuses, non point plaisantes, en
2002.
Nous nous sommes
égarés sur des chemins qui, autrefois,
menaient à l'Enfer, celui de la BNF. Les
éditions Garnier, elles ont donné une
édition proprette et aseptisée, uvres
choisies de Piron. Avec une analyse de son
théâtre et des notes par M. Jules Troubat,
précédées d'une notice par M.
Sainte-Beuve de l'Académie française. La
notice de Sainte-Beuve, d'un travail soigné et
précautionneux, passe sous silence ou presque les
productions licencieuses de Piron, sauf l'inévitable
Ode à Priape ; étude
intéressante pour nous, car elle y rend hommage
aux Portraits intimes du XVIIIe siècle,
où les Goncourt consacrent un de leurs portraits
à Piron. «Il est juste de distinguer»,
écrit Sainte-Beuve, parmi les études
récentes sur Piron, «les notices de M.
Arsène Houssaye, de M. Édouard Fournier
[notice pour les uvres de Piron, Adolphe
Delahays, 1857] et un croquis très-vif de MM. de
Goncourt .»
La source principale de
Sainte-Beuve est l'ensemble des ouvrages d'Honoré
Bonhomme. Honoré Bonhomme qui s'évertue
à disculper Piron d'avoir écrit des vers trop
vifs, ce qu'il appelle des «irrévérences
littéraires» :
|
«On
a de lui des contes et des épigrammes qui ne
le cèdent guère, pour la
crudité du ton, à leur sur
aînée [l'Ode à
Priape].
[
Des crudités se trouvent
dans] un recueil qui a été
publié après sa mort, et souvent
réimprimé, sous le titre de :
Poésies badines d'Alexis Piron. Mais
rien n'établit l'authenticité de
toutes ces élucubrations honteuses et
maladives, [
]
D'ailleurs en admettant que quelques unes de ces
compositions soit véritablement de lui,
peut-on oublier que Piron a vécu et
écrit pendant la période la plus
dissolue de notre histoire
[
]»
|
Honoré Bonhomme
publia plusieurs livres sur Piron : uvres
inédites de Piron (prose et vers) accompagnées
de lettres également inédites adressées
à Piron par MMlles Quinault et de Bar.
Publiées sur les manuscrits autographes originaux.
Avec une introduction et des notes par Honoré
Bonhomme. Édition ornée de trois
fac-simile. Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1859.
Il y eut deux formats, in-8° et in-12.
Signalons ici que Mlle de
Bar (Marie-Thérèse Quenaudon, dite
mademoisselle de Bar, du nom de la ville, Bar-le-Duc liue le
plus proche de son lieu de naissance)est cette femme que
Piron épousa puis soigna lorsqu'elle perdit l'esprit.
Cela avait été un mariage de raison ;
Piron et Mlle de Bar s'étaient connus chez la
marquise de Mimeure, dont la future Mme Piron était
la dame de compagnie. Après la mort de sa femme, en
1751, Piron, presque aveugle, fut soigné par sa
nièce, Antoinette, celle de l'épigramme du
neveu de Piron citée plus haut.
Deuxième ouvrage de
Bonhomme sur Piron : Piron. Complément de ses
uvres inédites. Prose et vers. Publié
sur documents authentiques et manuscrits autographes. Avec
une introduction et des notes par Honoré
Bonhomme. Paris, Ferdinand Sartorius, 1865.
Le troisième :
uvres posthumes de Piron (Prose et vers).
Accompagnées de la correspondance adressée
à Piron par Mademoiselle de Bar. Publiées sur
les manuscrits autographes originaux, avec une introduction
et des notes par Honoré Bonhomme. Paris, E.
Dentu, 1888.
Ajoutons des Voyages de
Piron à Beaune, en 1 volume, avec une
introduction et des notes, Paris, Jules Gay, 1863,
in-32 ; réimpression en 1884, Jouaust et Sigaux,
in-18. C'est, dit Bonhomme dans une de ses introductions, la
seule relation complète et en partie inédite,
publiée sur les manuscrits autographes originaux. Et
dans une série soigneusement expurgée, chez
Quantin, toujours décevante quel que soit l'auteur
choisi et plus faite pour les bibliothèques d'apparat
que pour la lecture, Poésies choisies et
pièces inédites d'Alexis Piron, avec une
notice bio-bibliographique, 1879.
Bonhomme a beaucoup
publié sur le XVIIIe siècle ; c'est lui
qui a édité, entre autres, Journal et
Mémoires de Collé en 3 volumes (Paris,
Firmin Didot, 1868) et une Correspondance
inédite du même Collé. On ne cite
pas toutes ses productions ; et, en plus, il
écrivait des vers! Haltes et récits,
Prose et vers en un volume.
Bonhomme a lu les
Portraits intimes du XVIIIe siècle des
frères Goncourt. Il leur reproche (uvres
inédites de Piron, Poulet-Malassis et de Broise,
1859, p. 270) d'avoir publié une lettre de
Piron, sans date ni adresse, en la croyant destinée
à Voltaire. Il est vrai que Mathurin de Lescure (qui
nous expliquera pourquoi ce personnage très connu est
toujours cité : «M. de Lescure», et
pourquoi on lui donne comme prénoms
Mathieu-François-Adolphe ?) avait soulevé
le lièvre avant lui, et Bonhomme cite l'article de
Lescure, paru à la Gazette de France du 8 juin
1858 où l'auteur, dixit Bonhomme, «a
exprimé des réserves touchant ce qu'il appelle
les traits hasardés de MM. de Goncourt, dans
leur étude sur Piron.» Reste que Bonhomme rend
hommage au travail des Goncourt : «Des esprits
généreux ont pris à tâche de le
réhabiliter [Piron] aux yeux des gens
honnêtes, en le présentant sous sa
véritable physionomie» (uvres posthumes
de Piron, 1888, p. 14 et la note 4).
Face à l'abondance de
documents proposée par Honoré Bonhomme, un
petit recueil de 81 pages ; face à Bonhomme qui
semble avoir consacré une partie de sa vie à
Piron, un amateur qui reste anonyme et qui publie, avec la
belle typographie de Louis Perrin, des lettres
héritées de son père. Le livre ?
Lettres d'Alexis Piron à M. Maret,
secrétaire de l'Académie de Dijon, Lyon,
Imprimerie de Louis Perrin, 1860. M. Maret est Hugues Maret
(1726-1785), médecin de Dijon, devenu
secrétaire perpétuel de l'Académie de
Dijon en 1764.
Dans son recueil Contes
et Conteurs Gaillards du XVIIIe siècle (Paris, H.
Daragon, 1906, collection «Bibliothèque du Vieux
Paris) Adolphe Van Bever (encore un chercheur
brouillé avec son prénom, car il ne signe
que : «Ad.») fait la synthèse des
notices parues avant la sienne et donne sept contes en vers
de Piron. Van Bever a le mérite d'être
retourné, pour tout ce volume, aux manuscrits (avec
d'inévitables erreurs de lecture), et signale ce qui
n'est peut-être pas de Piron.
Les éditions ou
études que nous avons citées oscillent entre
deux styles : disculper Piron de s'être
livré à des inventions peu chastes, ou le
tirer du côté de la seule grivoiserie. La
postérité a choisi une troisième voie,
injuste : l'oublier. Pourquoi ne lit-on plus
Piron ? Ses pièces de théâtre sont
mortes autant que celles de Voltaire ; ses contes en
vers nous paraissent un peu longuets ; mais que de
choses à sauver! sans parler de la correspondance,
qui mériterait d'être lue comme on lit un
récit ou un témoignage - et dans ce domaine,
bien des découvertes restent encore à faire,
car Piron écrivait presque autant que son grand
ennemi, Voltaire.
|