Les Goncourt chargés par Monselet
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À
la date du 24 février 1858, les Goncourt
écrivent dans leur Journal : La prose de Monselet une fois lue, les deux frères s'empressent de sortir de chez eux pour se rendre chez deux marchands d'estampes, Blaisot et Danlos - comme s'ils voulaient confirmer leur passion d'acheter du XVIIIe siècle. Blaisot était fort connu, Edmond rendra hommage plus tard à ce «dénicheur de goût, auquel mon frère et moi avons acheté de si beaux dessins de l'École française» (addition d'Edmond au Journal, 8 septembre 1870, note 1). Danlos, moins célèbre, était normand, installé 15, quai Voltaire (peut-être avec un frère, car Philippe de Chennevières, dans ses Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts (Arthena, 1979, IV, 149), évoque «les Danlos». Edmond et Jules achètent, ce jour-là, chez Blaisot, une Feuille de deux études de femmes, que Jules gravera, intitulant son uvre Comédiennes en costume polonais (voir É. Launay, Les frères Goncourt collectionneurs de dessins, Arthena, 1991, p. 341)..Sortis de chez Blaisot, ils ne sont pas rassasiés encore : cap sur Danlos, à qui ils achètent trois cents dessins de costumes d'opéra de 1770, par Boquet, parmi lesquels des costumes pour Sophie Arnould. Le texte de Monselet sera repris dans un recueil, Les Tréteaux de Charles Monselet (et non du sieur Monselet, comme l'écrit, dans sa note, Ricatte), édité en 1859 par Poulet-Malassis et de Broise, alors à Paris, 9, rue des Beaux-Arts, avec un frontispice dessiné et gravé par Bracquemond; en 1857, Malassis (cette fois 4, rue de Buci) avait édité, de Monselet, Les Oubliés et les dédaignés, et surtout La Lorgnette littéraire, dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps, où Monselet se montrait déjà fort critique à l'égard des Goncourt historiens du XVIIIe siècle, qui venaient de donner au public Histoire de la Société française pendant la Révolution, puis Histoire pendant le Directoire : «[le titre] ne nous semble pas assez justifié par la mise en uvre des matériaux très-abondants, très-curieux et parfois très-nouveaux d'ailleurs. [ ] Leurs deux volumes ne sont au fond qu'une nomenclature anecdotique, une quintessence de tous les documents intimes» (p. 100). Dans Les Tréteaux , la petite scène où paraissent les Goncourt est le cinquième et dernier texte d'un ensemble intitulé «La police littéraire», chargeant des gens connus, où chaque personnage est suivi par un policier. Facétieux, Monselet : chaque récit est signé par le nom d'un policier de la Comédie humaine. Paul Foucher, le premier de la série, et qui a droit à deux épisodes, est suivi deux fois par Corentin, que l'on trouve dans Les Chouans, mais aussi dans Une Ténébreuse Affaire; Jules Sandeau l'est par Bibi-Lubin, chef de la sûreté nationale (la police) imaginé par Balzac, présent surtout dans Splendeurs et misères des courtisanes; Jules de Prémaray est épié par Vautrin - que l'on ne présente pas, tant il est connu, - on rappellera néanmoins que cet ex-bagnard homosexuel a fini en directeur de la sûreté nationale; les Goncourt, enfin, par Peyrade, élève puis ami de Corentin, que l'on rencontre en particulier dans Splendeurs et misères des courtisanes. Ajoutons que lorsque l'article du Figaro (signé, lui, Charles Monselet), parut dans Les Tréteaux , une phrase de l'épisode Goncourt fut supprimée : «Clément de Ris a failli parler de nous [nous, Goncourt] dans l'Artiste». |