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«Filles, lorettes et courtisanes», dans La Grande
Ville. Nouveau tableau de Paris comique, critique et
philosophique, t. II, par MM. Paul de Kock,
Balzac
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Les
gravures de l'article
de Dumas fils (dont celle qui est reproduite ci-dessus)
sont faites selon des dessins de Gavarni. L'amour étant une
loi de la création, la reproduction une
nécessité de la nature. L'Arthur
est donc l'amant de la Lorette. Mais, me dira-t-on,
qu'est-ce que l'Arthur ? L'Arthur est
multiple : il se présente sous toutes les
formes; il est artiste; il est homme de lettres; il est
spéculateur; il est fils de famille; il a depuis
100 000 francs de dettes jusqu'à
25 000 francs de rentes. L'Arthur n'est donc pas
assez riche dans notre époque de misère
constitutionnelle pour entretenir à lui seul une
Lorette à la mode; mais comme les malheureuses
filles du boulevart [sic] se mettent
à deux, à quatre et même à six
pour entretenir un amant, les Arthurs se mettent à
six, à huit, à dix et même à
douze pour entretenir une Lorette. L'un fournit les
gants, l'autre les chapeaux, celui-ci les étoffes,
celui-ci les façons. Un Arthur meuble la salle
à manger, un autre Arthur le salon, un autre le
boudoir, un autre la chambre à coucher; le dernier
venu parsème les tables, les cheminées et
les étagères de vieux Sèvres et
chinoiseries de chez Gansberg, et la Lorette est ce qu'on
appelle - chez elle. Cette multiplication des
Arthurs est une grande sécurité pour la
Lorette. On ne se brouille pas d'un seul coup avec douze
amants, comme on se brouille avec un seul; on se brouille
avec un, avec deux ou avec trois même; - mais cela
ne fait qu'une baisse dans la recette, voilà tout;
- une gêne, - et non pas une ruine.
[
]»
Cet article d'Alexandre Dumas fils est une sorte
d'amplification du passage consacré à la
lorette dans le numéro des Nouvelles à la
main de Nestor Roqueplan daté du 20 janvier
1841.«Toute race
animale a, dans ce monde, son masculin et son
féminin.
[
]
L'Arthur est de l'espèce bipède, ce que
Diogène appelait un animal à deux pieds et
sans plumes - Genus homo.
Seulement l'Arthur ne s'appelle Arthur que de dix-huit
à trente ans. Jusqu'à dix-huit ans, il
s'appelle de son nom de baptême Pierre, Paul,
François, Philippe, Emmanuel, Justin, Adolphe,
Horace ou Félicien.
Passé trente ans, il s'appelle de son nom de
famille : M. Durand, M. Berton, M. Legrand, M.
Lenoir, M. de Preuilly, M. Delaguerche, M. de Barou ou M.
de Chemillé.
Mais, pendant douze ans, il s'appelle invariablement
Arthur.
Seulement il est fort rare qu'il passe de
100 000 francs de dettes à
25 000 francs de rentes, tandis qu'il est fort
commun qu'il passe de à25 000 francs de
rentes à 100 000 fr. de dettes et
même plus.