EDMOND ET JULES DE GONCOURT    

L LORETTE

Édition présentée et annotée
par Alain Barbier Sainte Marie

 « d'après nature »

DU LEROT, éditeur
TUSSON, CHARENTE

Parution : février 2002
Prix du livre : 20 euros

 

On ne sait pas si la série d'articles sur les lorettes, signés Edmond et Jules de Goncourt dans Paris, ont eu beaucoup de succès; on sait, en revanche que, réunis en un petit livre, édité par Dentu, ils plurent : on en vendit, selon Delzant, plus de six mille exemplaires en quelques jours. Le titre était accrocheur, le contenu ne l'était pas. Un texte sans un gramme de graisse, rien que du muscle et des nerfs. Le livre fut réédité chez Charpentier, en 1883, et le lecteur de l'année 2002 peut lui aussi le lire, dans l'exemplaire des éditions du Lérot qui vient de paraître, dans la collection « d'après nature ». Le format du livre, aux éditions du Lérot, est pratiquement le même que celui de l'édition Charpentier, et on a tout gagné, car on a droit à deux frontispices au lieu d'un. On regrette que les pages n'aient pas été reproduites avec l'élégant filet rouge, mais on peut en avoir un aperçu, car l'éditeur a eu la bonne idée de reproduire une page du livre de 1883. Un livre élégant et soigné - que vous aurez le plaisir d'ouvrir avec votre coupe-papier.

Le livre est préfacé et annoté par Alain Barbier Sainte Marie, qui sait tout sur les Goncourt, et qui a relu avec jubilation ce texte corrosif. Il rappelle tout ce que les Goncourt devaient à leur maître, Gavarni, auteur de Lorettes puis de Lorettes vieillies. Chez les Goncourt, la lorette est décrite jeune, certes, mais avec ce que l'on ne peut même pas appeler ses défauts; les auteurs ne sont jamais moralisateurs, ils décrivent, avec un détachement presque cruel. La lorette, de basse extraction, est un animal capricieux, frivole et bête; son entourage ? les vieux messieurs, bien sûr, et les jeunes aussi, qui se mettent à plusieurs pour l'entretenir. On disait, en ce temps, des Arthur(s), les Goncourt préfèrent le terme de loret, qu'ils ont sans doute forgé pour l'occasion. Faut-il rappeler que les Goncourt, rue Saint-Georges, vivaient au cœur du quartier Bréda, le quartier des lorettes ? Des lorettes, ils en voyaient tous les jours, des histoires de lorettes, ils en connaissaient mille.

L'étonnant du livre des Goncourt est qu'il n'ait pas vieilli. Bien au contraire. La Physiologie de la lorette de Maurice Alhoy eut, en son temps, du succès, mais elle est un peu défraîchie. Tandis que la lorette des Goncourt est fraîche et pimpante, bien de son temps, ni grisette, c'était avant, ni (ce sera plus tard) biche de Second Empire finissant. Et c'est là le miracle : ce qui nous intéresse est à la fois le côté documentaire du livre, et son côté littéraire, éternel; le lecteur est à la fois ai début du Second Empire et hors du temps - grâce à l'art d'Edmond et Jules de Goncourt.

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