17 octobre 2004

KODOMO-E

L'estampe japonaise et l'univers des enfants

par Brigitte Koyama-Richard

 

Éditeur : Hermann, Éditeurs des sciences et des arts
Date de parution : octobre 2004
Prix : 25 euros

Détail de Kawanabe Kyôsai, Jeux dans l'eau, s.d., Kawanabe Kyôsai Memorial Museum, Warabi

 

Lisant la partie du Journal écrite par

Edmond de Goncourt, on éprouve l'envie d'avoir des détails sur Hayashi, ce jeune Japonais qui avait permis à Edmond de parfaire ses connaissances japonaises, lui fournissant ou traduisant pour lui maints documents afin d'écrire Outamaro et Hokousaï. Grâce à Japon rêvé, Edmond de Goncourt et Hayashi Tadamasa (Hermann, 2001; les bonnes feuilles ont été publiées dans les Cahiers Edmond & Jules de Goncourt, numéros 5, 6 et 7), par Brigitte Koyama-Richard, grâce aussi à la correspondance éditée sous sa direction (Correspondance adressée à Hayashi Tadamasa, Kokushokankôkai, Tôkyô, 2001), on connaît en effet mieux Hayashi. Les Goncourt, puis Edmond seul, se sont intéressés, ô combien, aux estampes japonaises de l'ukiyo-e : ils ne connaissaient pas les estampes enfantines, celles dénommées kodomo-e. Brigitte Koyama-Richard nous invite à les regarder, tout en les commentant avec science et simplicité. Regardons avec elle, oubliant pour une fois les frères Goncourt.

Dans un ouvrage précédent,

La magie des estampes japonaises (Hermann 2003), Brigitte Koyama-Richard, parfaite bilingue franco-japonaise, avait abordé le sujet des estampes ludiques destinées aux enfants et aux adultes, et celui des estampes spécifiquement enfantines. Dans Kodomo-e, L'estampe japonaise et l'univers des enfants (Hermann, 2004), elle approfondit le sujet. Sans jargon sociologique ou pseudo-sociologique, ce dont on lui sait gré, elle nous instruit - sans jamais nous ennuyer. On connaissait la place de l'enfant dans la société japonaise, on apprend ici toutes sortes de détails : la fréquence des fêtes, souvent liées aux saisons, auxquelles participent les enfants; la diversité des jouets en papier dont il disposaient; les techniques peu onéreuses mais toujours séduisantes des ombres chinoises ou des lanternes magiques. Pensait-on uniquement à distraire les enfants-rois ? Non certes. Ceux qui distribuaient l'instruction avaient eux aussi recours aux estampes, tant il est vrai que l'image est essentielle dans l'acquisition des savoirs. Des estampes à tout faire, donc : cultiver l'imaginaire ou inculquer des connaissances, occuper les loisirs solitaires ou apprendre à vivre en société par le biais des jeux de… société. Puis, comme toujours, cela dégénéra en publicité et la publicité se fit racoleuse. Les grands magasins s'emparèrent des estampes pour vanter leurs produits et l'on passa de l'art pour le jeu à l'art pour l'argent. On avait appris dans La magie des estampes japonaises que la publicité s'était servie très tôt, au début de l'époque Edo, des estampes. Celles qui représentaient des acteurs de kabuki ou des courtisanes, des restaurants ou des maisons de plaisir, étaient souvent un moyen de faire connaître personnes illustres ou lieux à la mode. Soit; mais en ce temps, la publicité était de l'art, la publicité était discrète. L'ouvrage de Brigitte Koyama-Richard a le mérite d'offrir d'abondantes illustrations inédites, et si l'on a plaisir à regarder la plupart d'entre elles, celles qui furent purement commerciales et reproduites sur des papiers de mauvaise qualité nous attirent moins. Tant il est vrai que l'occidentalisation du Japon fit des ravages.

À la fin du livre,

un petit cadeau en forme de clin d'œil : deux feuilles à détacher, que vous pourriez découper pour votre plaisir ou celui de vos enfants. Mieux vaut laisser le livre intact!

 

Accueil | Actualités