
IDÉES et SENSATIONS
Idées et sensations parut en 1866 (Librairie internationale), et fut réédité chez Charpentier en 1877. Dans l'édition originale, le livre est dédié à Flaubert : pourquoi la dédicace a-t-elle disparu dans l'édition Charpentier ?Idées et sensations est composé d'extraits du Journal, déjà, en 1866, une masse foisonnante ; parce que ce sont des extraits, le style est devenu homogène, bien que la diversité des genres, chère aux Goncourt, soit respectée. On passse du poème en prose à l'épigramme, mais en douceur et dans une atmosphère ouatée et lumineuse à la fois, sans jamais être ahuri - comme on peut l'être parfois, lisant En 18.. à la désinvolture étudiée. Le titre l'annonce : dans Idées et sensations, on trouvera, savamment mêlés, des aphorismes et des observations singulières ; en revanche, aucun nom propre de contemporains, aucune date, quelques confidences - très littéraires. On se demande si le titre n'a pas été choisi en référence à la philosophie du XVIIIe siècle, plus précisément à Condillac. Il est peu probable que les Goncourt aient lu le Traité des sensations, il est certain, en revanche, qu'ils pratiquaient Bachaumont. Ils ont pu y lire que dans son traité, Condillac examinait «la manière dont nos idées naissent de nos sensations» (Mémoires secrets, 30 sept. 1780). Sainte-Beuve, dans sa critique du livre (14 mai 1866, Nouveaux Lundis, Michel Lévy Frères, 1868, t. X) propose une autre interprétation : «Ils ont eu toute raison de mettre le mot Sensations au titre de leur livre : ce sont de vrais tableaux à la plume qu'ils font.» Sainte-Beuve ajoute ceci - qui est bien vu : «La fantaisie revient même si souvent dans ce recueil que ce mot (Fantaisies) devrait avoir une place dans le titre entre Idées et Sensations.». Le mot sensations, dans un titre, sera repris par Jean Lorrain dans Sensations et souvenirs (1895), dédié à Edmond de Goncourt.
En faisant leur choix, les Goncourt ont éliminé tous les termes familiers, les propos scabreux que le lecteur trouvera plus tard, lisant la version intégrale du Journal. Dans cette anthologie, on est chez La Bruyère ou Chamfort plutôt que chez Tallemant des Réaux. Pour nous, qui disposons à la fois du Journal et de sa quintessence, Idées et sensations, ce peut être intéressant de comparer ce qui était, en 1866, un amas de notes, un brouillon plutôt qu'un texte en soi et sa version expurgée, bien peignée.
Article
de Sainte-Beuve du
14 mai 1866 : «Idées et sensations par MM.
Edmond et Jules de Goncourt» Préface
de la seconde
édition
de : Entre chien et loup, par Armand de
Pontmartin (27 février 2003) Hokusai,
Démon
(Warai hannya; Hyaku monogatari) Constant
Troyon, Rentrée
du troupeau