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N O T U L E S par Edmond de Goncourt pour |
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par Edmond et Jules de Goncourt |
Sur le rouleau des études de Fragonard, envoyées de Rome par Natoire, à Paris, en 1758, voici le jugement de l'Académie en date du 31 juillet 1758 : «La figure académique d'homme, peinte par le sr Fragonard, a paru moins satisfaisante que si on n'avait pas connu les dispositions brillantes qu'il fit paraître à Paris... Il en est de même de sa tête de prêtresse qu'on trouve peinte d'une manière un peu trop doucereuse, mais on a été plus satisfait de ses dessins qu'on trouve dessinês avec finesse et vérité. L'année suivante (11 octobre 1759), l'Académie semble plus contente de Fragonard, «bien que l'excès de soin parût remplacer avec peu d'avantage la facilité du pinceau qu'il portait peut-être cy devant à l'excès». (Académie de France à Rome, par Lecoy de la Marche.}
Les lettres de Natoire confirment l'intimité qui s'établit de suite entre l'abbé de Saint-Non et le pensionnaire. Natoire écrit à la date du 27 août 1760 : «M. l'abbé de Saint-Non est depuis un mois et demi à Tivoli avec le pensionnaire Fragonard, peintre. Cet amateur s'amuse infiniment et s'occupe beaucoup. Notre jeune artiste fait de très belles études qui ne peuvent que luy être utiles et luy faire beaucoup d'honneur. Il a un goût très piquant pour ce genre de paysage, où il introduit des sujets champêtres qui lui réussissent. Natoire écrit encore à la date du 18 mars 1761 : «Le sr Fragonard est bien près de son départ ; M. l'abbé de Saint-Non, toujours porté à rendre service à ce pensionnaire, puisqu'il l'emmène avec lui, vient de l'envoyer à Naples pour voir les belles choses que renferme cette ville, avant de commencer leur voyage. Cet amateur porte avec lui une quantité de jolis morceaux de ce jeune artiste qui, je crois, vous feront plaisir à voir.»
Fragonard, qul était arrivé à Rome en 1756 avec Brenet, en repartait le 4 avri1761. (Académie de France à Rome, par Lecoy de la Marche.)
A propos de la réception de Fragonard à l'Académie, M. de Marigny écrivait à Natoire le 2 mars 1765 : «M. Fragonard vient d'être reçu à l'Académie avec une unanimité et un applaudissement dont il y avait peu d'exemples ; on espère qu'il contribuera à consoler de la perte de Deshaies.» (Académie de France à Rome, par Lecoy de la Marche.)
Dans les nombreux tableaux et dessins que le miniaturiste Hall possédait de Fragonard, il y a, mentionné par lui, dans son catalogue manuscrit, cette curieuse indication :
Fragonard. - Une tête d'après moi, dans le temps qu'il faisait les portraits au premier coup pour un louis
(Hall, sa vie, ses uvres, sa correspondance, par Villot, 1867.)
M. Groult possède une très grande toile décorative de Fragonard, qui semble un panneau du salon de Terpsichore de la maison de la Guimard, située rue de la Chaussée-d'Antin. La danseuse, grandeur nature, est représentée en bergère d'opéra ; sur ses cheveux poudrés est posé un léger chapeau de jardin à la forme joliment gondolée, aux rubans envolés derrière elle, et un carlin jappe sous sa jupe. Elle a un corsage rose lacé entre les deux seins, une robe à retroussis de soie verte, sur laquelle est jeté un tablier de dentelle dont les petites pocbes sont agrémentées de nuds de rubans et de roses artificielles. Et la danseuse en train d'esquisser un pas de danse est chaussée d'un soulier de satin blanc à bouffettes roses, d'un charmant petit soulier dont le pied vainqueur est visé par un amour, agenouillé dans un buisson de roses et qui s'apprête à décocher la flêche de son arc.
M. Lagrange, au retour d'un voyage dans le Midi, a donné dans la Gazette des Beaux-Arts du 1er août 1867 une longue description de la maison de Fragonard à Grasse, cette maison où le peintre s'était réfugié pendant la Terreur, et dont il avait peinturluré ou fait peinturlurer si révolutionnairement l'escalier.
Le salon, dont un bas-relief en marbre à la Clodion surmonte la porte, a tous ses murs couverts de peintures, et jusque dans les angles étroits des encoignures, des langues de toile cachent sous leurs fleurs peintes les lambris. Une décoration complète à laquelle il ne manque que les cadres de boiseries. Ce sont de grands tableaux de plus de deux mètres entre les portes, et de petits tableaux au-dessus des portes, où se développe un poème d'amour ; les grands panneaux racontant le drame humain et l'aventure galante ; les petits panneaux faisant planer au-dessus l'Olympe ironique des Cupidons. Le premier panneau représente une rencontre de garçonnets et de fillettes près d'une fontaine d'amour ; - au-dessus un Cupidon fait la chasse à une colombe. Dans le second panneau, les amoureux échangent au-dessous d'une statue de Psyché un serment d'amour dans un mol baiser. Dans le troisième panneau, sur la terrasse où rêve l'amoureuse, apparaît au haut d'une échelle l'amoureux ; - au-dessus, un Cupidon savoure l'odeur d'une rose épanouie. Le quatrième panneau vous montre la jeune victime tombêe, traînée au pied d'un autel à l'Amour ; - au-dessus, cabriole un Cupidon, une marotte à la main. Le cinquième panneau, le panneau final : c'est, sous la feuillêe d'un bosquet, au milieu d'orangers jonchés de guitares, de cahiers de musique, l'agenouillement de l'Amour que l'amante couronne, pendant que, dans un coin, Frago lui-même crayonne, un portefeuille sur les genoux. Et comme apothéose à ce cinquième acte, un Amour-Hymen, tenant une torche dans chaque main, rayonne et fulgure sur le panneau de la cheminêe, au milieu d'un ciel embrasê que sillonnent des Cupidons.
Deux des grands panneaux seuls sont signês, mais M. Lagrange ne doutait pas que toute la peinture du salon ne fût de la main de Fragonard, - toutefois à des années de distance, - des panneaux étant exécutés dans la tonalité bleuâtre des «Hasards de l'escarpolettte», d'autres dans la tonalitê blonde et chaude de la première manière du peintre.
Les lettres d'Honoré Fragonard sont introuvables. L'on ne connaît guère du peintre que quelques billets parmi lesquels je choisis les trois lignes publiées dans le supplément de l'Isographie :
Citoien Président, selon le vu de la société, je vous remets mon nom et pré nom, ainsi que ma demeure : Jean-Honoré Fragonard, Gallerie du Louvre, n° 29. Salut et fraternité.
FRAGONARD.Ce billet est adressé au citoyen Sauvigny (1).
À propos du tempêrament de peintre de Fragonard et de tout l'organisme de son. être tourné vers l'art, Renouvier cite ce mot caractéristique du peintre : «Je peindrais avec mon cul! (2)» [Retour à l'article]
Notes d'Edmond de Goncourt pour ses notules(1). Dans l'État des Logements du Louvre en 1790, l'atelier de Fragonard et son logement sont désignés dans l'escalier des Artistes, sous la porte Saint-Germain, à gauche, au Ier.
(2). Histoire de l'Art pendant la Révolution, par Renouvier. Renouard, 1863.