Extraits de

Gustave Planche, Études sur l'École française

 

 Caricature de Planche par Cham 
Et
par Benjamin Roubaud

Édition consultée : Études sur l'École française (1831-1852) - Peinture et sculpture -,
tome II , Michel Lévy Frères, 1855.

 

À propos du Siège de Rome par Horace Vernet

Pages 297-298.

«Je professe, en toute occasion, le plus grand respect pour l'exactitude, je suis toujours disposé à traiter avec les plus grands égards ceux qui s'entourent de documents authentiques, avant d'essayer le récit ou la représentation d'un fait. Cependant, je l'avouerai sans détour, je ne comprends guère les tableaux composés, exclusivement, d'après les données fournies par l'état-major. Il est probable que M. Vernet n'a rien négligé pour connaître les éléments réels du sujet qu'il avait à traiter. J'incline à penser que les officiers présents à l'action trouverons, dans le tableau de M. Vernet, la transcription littérale de leurs souvenirs. C'est là sans doute un mérite très-positif ; est-ce un mérite qui relève de la peinture ?Je ne le pense pas.»
Meissonier, Homme choisissant une épée

Pages 304-305.

«Il peint franchement ce qu'il voit, et son regard est pénétrant. Content de son domaine, si étroit qu'il paraisse, il ne cherche pas à l'agrandir, et c'est là sans doute le secret de sa renommée. Tandis que tant d'autres se consument en efforts inutiles, et interrogent l'histoire ou la fantaisie, il parcourt d'un pas ferme la voie modeste qu'il s'est frayée. Au lieu de traiter en peintre de genre des sujets d'une nature épique, il a traité dans un style sévère des sujets familiers. Sans inventer, il a trouvé moyen de se faire une place à part ; et cette place est assez belle pour exciter l'envie. À moins de renoncer à la raison, il n'est certes pas permis de lui assigner le premier rang parmi les peintres vivants de l'école française ; mais il n'y a que justice à le compter parmi les plus habiles.»
Lescorné, Ariane

Pages 320-321.

«L'Ariane de M. Lescorné révèle chez l'auteur un respect scrupuleux pour la réalité ; mais ce respect ne suffit pas pour un tel sujet. Toutes les fois, en effet, que l'art touche aux figures mythologiques, il doit tenir compte de l'idéal, et M. Lescorné s'en est tenu à la réalité littérale. Son Ariane, bien posée, jeune, vivante, serait un ouvrage excellent, s'il eût trouvé en lui-même la faculté de l'idéaliser : telle qu'elle est, je la loue volontiers comme un morceau d'étude ; mais je ne saurais y voir l'Ariane divinisée par la poésie antique.»
 Conclusion

Page 329.

«Ce que je tiens à signaler dans le salon de cette année, c'est la tendance générale vers le matérialisme. À Dieu ne plaise que j'invite les artistes français à s'engager dans l'esthétique ! ce serait pour eux une étude laborieuse et stérile ; je me bornerai à leur rappeler, que les plus belles époques de la peinture et de la statuaire ont été fécondées par l'idéal. L'école romaine personnifiée par Raphaël, l'école attique personnifiée par Phidias, ont toujours considéré l'imitation de la nature comme un moyen, et non comme un but. Cette vérité si vulgaire, démontrée surabondamment par l'histoire entière de l'art, semble aujourd'hui méconnue : l'imitation littérale de la réalité est, pour les artistes de notre pays, l'alpha et l'oméga de la peinture et de la statuaire.»

 Retour au sommaire