NOTICE

SUR

LA VIE ET LES ŒUVRES DE CAYLUS

par Octave Uzanne

 - 1879 -

pour la première fois afin d'introduire l'édition par Octave Uzanne, des Facéties du comte de Caylus,
Quantin,1879, collection «Petits Conteurs du XVIIIe siècle».

Nous avons ajouté les intertitres,
et supprimé la très longue bibliographie.
On précise que l'épigraphe des Goncourt
fut choisie par Uzanne.

Il est Vadé avec l'accent de Candide. Il
passe Jeaurat. Il annonce le Père Duchêne.

E. et J. de Goncourt

 

La Société du bout du banc
Mademoiselle Quinault, retirée du théâtre, donnait et présidait, vers 1712, un souper par semaine, sur les modiques pensions qui lui étaient accordées par le Roi et par la Comédie-Française. Ce fut là l'origine de cette aimable académie de gauloiserie, de cette Société du bout du banc, comme on la nommait, où chacun payait comptant son tribut à la folie, aux mœurs légères, à l'esprit et souvent aux Muses; ou l'on donnait carrière à sa verve, en lançant des mots osés, excessifs et applaudis; où tout était badinage, même dans les innocentes querelles qui se vidaient inter pocula. Les plus charmants écrivains de l'époque se donnaient rendez-vous chez la divine Quinault, cette Reine des Grâces; on y rencontrait tour à tour Duclos, le Grand-Prieur de Vendôme, l'Abbé de Voisenon, Fagan, Moncrif, Crébillon fils, Salley, La Chaussée, D'Arménonville, Marivaux, de Maurepas, Pont de Veyle, et même Voltaire, qui ne fit qu'y paraître et s'éclipsa devant Piron et Sainte-Foix qui ne lui étaient point sympathiques.
Caylus dans les Portraits intimes du XVIIIe siècle
Le Mécène de ce petit cercle, nous dirions presque le fondateur, était le Comte de Caylus, philosophe original, artiste sincère, qui joignait à son petit mérite littéraire une science profonde, un goût d'amateur éclairé, un caractère simple et noble, et surtout une libéralité de grand seigneur pour les talents indigents qu'il se plaisait à encourager par ses bienfaits délicatement déguisés. Tous les gens de lettres qui l'entouraient, s'estimaient heureux de vivre plutôt dans son amitié que sous son patronage, et, s'il nous fallait parler des différentes manières de cet homme de qualité, à la fois archéologue, philologue, antiquaire, dessinateur, graveur et polygraphe, sinon styliste, nous ne saurions arriver à la perfection, à la grâce, au brio que MM. Jules et Edmond de Goncourt ont su déployer dans une étude exquise sur ce Caylus (1), créateur de la littérature populaire du XVIIIe siècle :«La rue et son peuple, - s'écrient ces deux charmants écrivains, - le peuple, voilà le monde après lequel court la pointe d'Anne-Claude-Philippe de Tubières de Grimoard de Pestels de Lévy, Comte de Caylus, conseiller d'honneur, né au Parlement de Toulouse, et sa plume aussi. La rue avec son bruit, ses passants et son spectacle, ses costumes et ses chansons, ses marchands et ses marchandes, et la promenade des marchandises; et le Noël assourdissant des métiers, et le vacarme et le mouvement de Paris vendeur et hurleur; un monde ouvrier, le travail qui va, le porteur d'eau portant ses larges seaux, le petit commissionnaire avec son banc sous le bras, les vielleuses [et non : veilleuses, comme l'écrit Uzanne], les petites laitières, les petites harengères , les casseurs de pierre, les tonneliers, les rémouleurs, les scieurs de bois, les savetiers et les montreurs de lanterne magique; la porteuse de bois, et l'écosseuse et le marchand de balais, et le marchand de peaux de lapins, - Les Cris de Paris! feuilles de papier aujourd'hui jaunies, qui sont tout le reste et tout le souvenir, et tout l'écho de ce vaste aboiement qui roulait chaque jour dans le Paris du XVIIIe siècle, ses éclats et son vacarme, brouillant toutes les mélopées : Verjus! Vinaigre! - Mon bel œillet double! Café! Café! - La liste des gagnants de la loterie! - Des Ciseaux! Des Couteaux! - La Mort aux rats!
Le comte de Caylus écoute et regarde tous les jours par sa fenêtre, ou, se promenant, par les rideaux des cabarets, par les portes des fruitières, par les portières des fiacres, par les trous de toile de ce grand spectacle : la vie de Paris. "Les drôleries qu'il a vues sur le pavé de Paris", c'est l'annonce de l'histoire de M. Guillaume le cocher, et c'est l'œuvre de Caylus.
Pendant que les lettres épient à la porte des salons, les confessions galantes, les scandales bien nés, les jolis romans, les mœurs du bel air, le train de la mode, le jargon du bon ton; pendant qu'elles sont tout occupées à peindre une société de convention, d'apparence et de manière, dont l'âme est une forme; pendant que le peuple est hors des lettres, pendant que la critique juge que "les personnages du quartier de la Halle et de la place Maubert n'ayant point d'existence dans la société, leurs aventures ne sauraient nous attacher" 
(2), M. de Caylus attable résolument aux tables de la Glacière, à Chaillot, une veine neuve, hardie, rabelaisienne et légère. Il habille aux Halles la Comédie parisienne. Il montre des cœurs battant sous les petites robes de satin sur fil. II donne des histoires cossues et pleines de gorges chaudes. Il promène dans la grosse joie les giroflées à cinq feuilles, et l'odeur des beignets, des hommes et des femmes qui vivent sans savoir-vivre, aiment sans orthographe et se battent avec les poings. Il les conte et les fait parler avec leur langue grasse et forte en gueule. II se plaît, s'amuse et s'attarde aux scènes populaires, aux avalanches de pains de Gonesse et d'aloyaux, aux masques de pain d'épice, aux danses et aux culbutes grotesques, animant les foules d'individualités comiques qui braillent et gesticulent au premier plan, semant les contes à pouffer et le plus salé de l'esprit de la Reine de Navarre.
Ces Fêtes roulantes, ces Étrennes de la Saint-Jean, et surtout cette délicieuse Histoire de M. Guillaume, cette lanterne magique des mœurs basses et libres, ce tableau mouvant et parlant était né comme de lui-même, un applaudissement de mademoiselle Quinault l'aurait dicté â Caylus.»

Pouvions-nous donner un résumé plus séduisant des œuvres que nous publions aujourd'hui ? Un tel avant-propos ne peut que mettre en humeur. Nous reviendrons plus loin sur l'originalité des facéties de Caylus; mais avant de parler de l'écrivain , nous présenterons l'homme, dans la complication de sa nature étrangement douée des talents les plus divers.

II

Biographie de Caylus jusqu'en 1715

Anne-Claude-Philippe de Thubières, de Grimoard, de Pestels, de Lévy (3), Comte de Caylus, conseiller d'honneur au Parlement de Toulouse, naquit le 30 octobre 1692.

Sa mère était cette malicieuse et charmante Marthe-Marguerite de Valois, fille de Philippe de Valois, marquis de Villette (4), seigneur de Mursay, petite-fille du grand Agrippa d'Aubigné, ce fameux calviniste frondeur et hardi compagnon de Henni IV, dont il ne se sépara qu'au moment de l'abjuration. Elle était par conséquent cousine germaine au plutôt nièce à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon (5), qui se plut à l'élever comme sa propre fille, c'est-à-dire en enfant gâtée.

Mariée vers 1686 au comte de Caylus, menin de Monseigneur le Dauphin, gentilhomme de grande famille, mais de petite fortune, Mme de Caylus est l'auteur de ces merveilleux Souvenirs, de ce, exquises fleurs d'urbanité dont tour â tour Voltaire, Auger, Renouard, Monmerqué, Michaud, et Poujoulat, Asselineau et d'autres biographes se sont plu à être les éditeurs. Mme de Caylus, «cet Hamilton femelle», comme la nommait Sainte-Beuve (6) était, selon Voltaire, du nombre des femmes qui ont de l'esprit et du sentiment sans en affecter jamais. Elle possédait en elle toutes les grâces et toute la grâce de la femme et cachait en plus , sous un aspect angélique, un esprit piquant, mordant, acéré, une observation fine, droite et prompte, un jugement sensé, ferme et net, et ce goût délicat qui la guida plus d'une fois dans ces portraits où l'expression colore la justesse éclatante du mot vrai. - «Jamais , s'écrie Saint-Simon, un visage si spirituel, si touchant, si parlant, jamais une fraîcheur pareille, jamais tant de grâces ni plus d'esprit, jamais tant de gaieté et d'amusement, jamais créature plus séduisante.»

«Les jeux et les ris brillaient à l'envi autour d'elle, dit également l'abbé de Choisy, son esprit était encore plus aimable que son visage; on n'avait pas le temps de respirer ni de s'ennuyer quand elle était quelque part. Toutes les Champmeslés du monde n'avaient point ces tons ravissants qu'elle laissait échapper en déclamant (7); et, si sa gaieté naturelle lui eùt permis de retrancher certains petits airs un peu coquets que toute son innocence ne pouvait pas justifier, c'eût été une personne accomplie.»

Le mari de cette adorable femme, Jean-Anne de Caylus (8), était des moins dignes d'elle; c'était une manière de reître, un cynique, un ivrogne, disons le mot, qu'on se dépêcha d'envoyer commander une brigade sur les frontières, où il mourut en novembre 1704, délivrant ainsi sa femme et ses proches, qui n'avaient eu qu'à souffrir jusque-Ià des outrages de sa vie de débauches (9).

Le jeune comte Claude-Philippe de Caylus ne connut donc que sa mère, par laquelle il fut élevé avec des soins minutieux et des attentions extrêmes. Il reçut une éducation solide et brillante; et sa première jeunesse se passa à la Cour chez Mme de Maintenon ou chez la Princesse d'Harcourt. C'était un milieu bien susceptible de faire naître en lui les sentiments les plus délicats et !'esprit le plus agréable. Dans son entourage, dans l'air même qu'il respirait, il y avait comme un parfum de familiarité décente, de gaieté douce et d'urbanité, une aisance à tout dire, une politesse affinée, qui répandaient dans les caractères et dans les relations une quiétude enjouée et heureuse.

Caylus tenait de son père un tempérament vigoureux et de grandes dispositions pour le métier des armes. Il avait de la hardiesse, la bravoure irréfléchie et les principales qualités qui font la valeur du guerrier. Vers 1709, à peine âgé de dix-sept ans, il entra dans les mousquetaires et dès sa première campagne, à la bataille de Malplaquet, croyons-nous, il se distingua par sa vaillance et son intrépidité: «Voyez mon petit Caylus, il a déjà tué un de mes ennemis! (10)», s'écria Louis XIV en présence de toute la Cour, lorsque le petit-neveu de Mme de Maintenon revint tout glorieux du baptême du feu, et le Roi, pour le récompenser, lui donna un guidon de gendarmerie. En 1711 il fut nommé mestre de camp d'un régiment de dragons de son nom, à la tête duquel il fit des prouesses en Catalogne. Il se trouvait en 1713 au siège de Fribourg, où il courut de grands risques à l'attaque du chemin couvert, qui fut très meurtrière.

«La faveur de Mme de Maintenon, dit Lebeau, dans son Éloge de Caylus (11), pouvait suppléer au mérite et aurait fait avantageusement valoir celui du jeune comte, s'il eût été de caractère à se prêter aux vues de sa famille.»

Sa bravoure naturelle trouvait une pente aisée et commode pour monter aux plus grands honneurs, mais la paix de Rastadt le laissait dans une inaction dont sa vivacité ne s'accommodait pas (12).

Voyages en Italie, au Pays levant , etc.
Caylus abandonna l'état militaire et prit sa retraite en 1715. II se mit à parcourir l'Italie, et dès lors son amour pour les beaux-arts commença à se faire sentir irrévocablement en lui et décida de son goût et de ses occupations. Ce fut avec enthousiasme que le jeune homme contempla les chefs-d'œuvre de Rome, s'émerveilla, s'imprégna de la beauté des fresques ou des statues. Toutes ses facultés furent captivées, absorbées dans la radieuse évocation artistique de tout un passé. Il était parti sans but, pour distraire un naturel turbulent et apaiser ses besoins d'activité brûlante; il revint transformé par l'amour des belles choses; l'artiste venait de tuer en lui le militaire.

À cette époque commence la vie aventureuse et littéraire de Caylus. En juin 1718, raconte son panégyriste Lebeau, il saisit l'occasion de passer dans le Levant. Il partit avec M. de Bonac, qui allait relever M Desalleurs à la Porte Ottomane. Arrivé à Smyrne, il profita d'un délai de quelques jours pour visiter les ruines d'Éphèse, qui n'en sont éloignées que d'environ une journée. Vainement s'efforça-t-on de l'en empêcher, en lui présentant les dangers qu'il allait courir. Le redoutable Caracayali, à la tête d'une troupe de brigands, s'était rendu maître de toute la campagne, et portait l'effroi dans toute l'Anatolie. Il s'avisa d'un stratagème qui lui réussit. Vêtu d'une simple toile de voile, ne portant sur lui rien qui pût tenter le plus modeste voleur, il se mit sous la conduite de deux brigands de la bande de Caracayali, venus à Smyrne, où par crainte on les souffrait. Il fit marché avec eux, sous la condition qu'ils ne toucheraient leur argent qu'au retour. Comme ils n'avaient d'intérêt qu'à le conserver, jamais il n'y eut de guides plus fidèles. Ils le conduisirent, avec son interprète, près de leur chef, dont il reçut l'accueil le plus gracieux. Instruit du motif de son voyage, Caracayali voulut servir sa curiosité; il l'avertit qu'il y avait dans le voisinage des ruines dignes d'être connues, et, pour l'y transporter avec plus de célérité, il lui fit donner deux chevaux arabes, de ceux qu'on appelle chevaux de race. Le comte se trouva bientôt sur les ruines de Colophon. Il retourna passer la nuit dans le fort qui servait de retraite à Caracayali, et le lendemain il se transporta sur le terrain qu'occupait anciennement la ville d'Éphèse.

«Après un séjour de deux mois à Constantinople, Caylus alla voir la Cour Ottomane, que la guerre de Hongrie avait attirée à Andrinople; tout le pays était infecté de la peste : le comte n'en ressentit aucune atteinte; la bonté de son tempérament le sauva. Il passa le détroit des Dardanelles pour reconnaître ces campagnes si riches et si fleuries dans les poèmes d'Homère. Il ne s'attendait pas à rencontrer aucun vestige de l'ancien Ilion, mais il se promettait bien de se promener sur les bords du Xanthe et du Simoïs : ces fleuves avaient disparu. Les vallées du mont Ida n'étaient plus qu'un désert sauvage, fournissant à peine quelque nourriture à des avortons de chênes dont les branches rampaient sur la terre et se desséchaient presque en naissant. Ce fut là le terme qu'il mit à ses recherches dans le Levant. La tendresse de sa mère, qui le rappelait sans cesse, retint sa curiosité. Il entra dans le port de Marseille le 27 février 1717.»

L'année 1718 fut consacrée à une excursion en Angleterre et en Hollande, où il ne trouva à noter que deux curiosités : «Un homme à Amsterdam, qui a poussé l'anatomie si loin qu'il a non seulement disséqué, mais encore injecté des fruits et surtout des poires, et à Malines, une fille portée en terre qui pesait plus près de neuf que de huit cents livres» (13).

Nous venons de tailler largement une portion de la vie de Caylus dans l'Éloge naïvement emphatique de Charles Lebeau; il était inutile de paraphraser cette aventure du bon larron Caracayali, qui semblera bien mesquine à notre époque; ces premiers voyages de l'ami de l'abbé Barthélemy ne sont guère relatés par d'autres biographes, ils ont une saveur toute spéciale dans le récit que nous nous sommes permis d'en donner, et la sobriété en fait tolérer l'accent.

Infatigable Caylus
Après avoir consacré ses premières années de jeunesse aux voyages et à la vie nomade, Caylus, de retour à Paris, songea à s'y fixer, à y classer les connaissances qu'il avait amassées dans ses pérégrinations et à jouir des richesses artistiques qu'il en avait rapportées; sa vigoureuse santé réclamait une activité fébrile, et i1 lui fallait des occupations multiples pour lasser sa puissante virilité. Il rechercha la compagnie des artistes et se montra leur adorateur, leur protecteur et leur ami; on disait de lui et, paraît-il, avec assez de vérité qu'il était 1e protecteur des arts et le fléau des artistes, car, s'il les encourageait et les aidait de sa bourse, il demandait en échange une déférence aveugle pour ses conseils, et, après avoir commencé par le rôle de bienfaiteur, il finissait par celui de tyran. Mais, si son caractère pouvait avoir des inconvénients pour les artistes, le bien qu'il a fait aux arts emporte de beaucoup la balance de ses torts (14).

«Les lettres, le dessin, la musique, disent MM. de Goncourt, l'occupent et l'emportent, se le disputent et se le partagent. Son esprit sautant et bondissant va de l'art à la science et aux ressorts de l'art; et le voilà qui conduit une décoration à l'Opéra, qui ne rêve plus qu'à renouveler la mécanique du théâtre, qui pèse les inconvénients de cette ferme des théâtres d'Italie derrière laquelle on bâtit la machine du tableau, qui songe à mener le spectacle beaucoup plus loin, à faire du grand, à joindre, pour 1a surprise et l'illusion, l'exactitude et l'imagination d'un poète et d'un peintre (15). Mais le dessin était son grand passe-temps. Il dessinait familièrement avec Watteau, usant de ses modèles et des leçons muettes de son crayon (16). Aussitôt entré en relations avec M. Crozat (17), il avait été comme éclairé par les merveilles de son cabinet : quel service, s'il donnait au public ces dessins, ces premiers jets de la main et de la tête des grands génies! quels exemples pour les peintres! que de plaisir pour les curieux! le noble et grand travail de traduire, mot à mot, trait pour trait, ces coups de plume où l'idée du maître, à peine née, vivante déjà, bégaye et rit comme dans un berceau! Le comte de Caylus gravera donc, et il grave; il grave sans peur, effrontément, sabrant à grands coups les paysages italiens, balayant les grappes de feuilles, les paraphes de verdure, les fabriques détachées du ciel blanc et vierge, les dessins naïfs et rudes des Carrache. Les figures délicieuses et juvéniles du Guerchin se lèvent et sortent de sa main contournées d'un trait large, appuyé, épaté, avec les ombres des chairs reprises de caresses, de pointes faciles et gaies. Puis les longues et volantes créatures du Parmesan, enlevées comme d'une aiguille légère et courante; et la main, la fameuse main qu'on croyait alors une griffure de Michel-Ange, les terribles esquisses de Rubens rendues à outrance, les musculatures de Bandinelli accusées et ressenties par la plume de roseau, les caricatures de Vinci et les têtes carrées de Van Dyck. Et le cabinet de M. Crozat, livré, donné à l'Europe par l'infatigable Caylus. Le cabinet du Roi était pillé pareillement et s'y prêtait de même; et de Raphaël et de Rembrandt, le faire, les procédés, l'adresse ou le feu, la manière ou le style, le secret des dessinateurs était par lui surpris et publié.»

Au milieu de ce mouvement, de ces agitations, le Comte de Caylus rayonnait; c'était un homme simple cependant. Sur les soixante mille livres de revenus qu'il possédait, à peine en dépensait-il dix mille par an pour son entretien; tout le reste était employé à faire du bien et à encourager les talents (18). On le rencontrait dans son modeste costume, avec ses bas de laine, ses bons gros souliers à boucles, un habit de drap brun avec des boutons de cuivre et un grand chapeau sur la tête. Il s'en allait ainsi dans les faubourgs, se mêlant aux joies du bas peuple, étudiant avec curiosité les mœurs parisiennes, notant les expressions et s'ébaudissant des saillies populaires ou des moindres facéties des commères de la Halle.

La simplicité d'un académicien
Les gens du monde reprochaient au comte de Caylus cette simplicité (19) outrée dans ses habits, comme une affectation et un air de singularité. On prétendait qu'il cherchait à se distinguer par des mœurs totalement opposées à l'élégance (20) et au bon ton des gens de la Cour et de la bonne compagnie. Il est plus juste de penser que Caylus avait un grand amour d'indépendance et qu'il s'éloignait le plus possible de tout ce qui, sous un faux air de grandeur, tenait à la servitude de la Cour; il avait l'extérieur froid et sec, l'allure rustre et les manières dures, mais il rachetait cela par une bonhomie sans égale. Son plus grand luxe était son carrosse de remise : un jour s'étant arrêté devant une boutique sur laquelle un peintre d'enseignes peignait un saint François, celui-ci le prit, en raison de son costume grossier, pour un de ses camarades et lui demanda son avis ; Caylus le lui donna ingénument, et il insinua dans ses observations un tel esprit de critique juste et bienveillante, que le peintre lui mit le pinceau en main, en le priant de retoucher lui-même le tableau. Notre gentilhomme artiste monta à l'échelle, et, en quelques coups de pinceau, donna à l'enseigne tout le relief voulu. Le barbouilleur enchanté voulait entraîner son faux confrère au cabaret voisin, lorsque la voiture du comte s'avança. En y montant, Caylus tendit la main au peintre stupéfait : Au revoir, camarade, lui dit-il, ce sera pour la première fois que nous nous rencontrerons.» Naturellement bienfaisant, Caylus s'amusait quelquefois, lorsqu'il rencontrait un pauvre dont la figure annonçait la probité, à lui donner un louis pour l'aller changer, et, se cachant ensuite, il jouissait de son embarras, lorsqu'à son retour celui-ci ne le trouvait plus (21).

Il était bien juste que les artistes se montrassent reconnaissants envers un homme de qualité qui leur avait sacrifié la plus grande partie de son existence. L'Académie de peinture et de sculpture le reçut dans son sein en 1731, et le comte de Caylus, par un retour digne de son amour pour les arts, fonda dans cette académie un prix annuel pour celui des élèves qui réussirait le mieux à caractériser une passion (22).

Les lettres ne se montrèrent pas moins empressées d'accueillir un homme qui, par ses travaux, avait également bien mérité d'elles. L'Académie des inscriptions lui donna en l742 un poste honoraire; il occupa la place laissée vacante par M. de Bercy. Dans cette compagnie, Caylus fonda un prix de 500 livres, dont l'usage était d'expliquer par les auteurs et par les monuments les usages des anciens peuples. On voit par ce sujet que le comte de Caylus ne perdait pas de vue son objet favori, qui était la culture des arts et leur avancement, et que ses travaux littéraires se proposaient principalement ce but.

Caylus selon l'éditeur de ses Œuvres badines
«Il ne paraîtrait pas de notre objet, dit avec justesse l'éditeur des Œuvres badines de Caylus (23), auquel nous empruntons ces lignes, de donner un long détail des travaux littéraires d'un homme dont nous ne recueillons que les délassements. Sa mémoire, qui sera chère aux sciences et aux arts, n'a pas besoin d'ailleurs du faible tribut d'hommages que nous nous permettrions de lui rendre. Nous nous contenterons donc d'indiquer les principaux ouvrages qui ont immortalisé son nom.
Le premier et le plus important est son Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, romaines et gauloises, en sept volumes in-8° (1752). Ce monument, à jamais mémorable, élevé aux arts par le comte de Caylus, est le fruit de ses courses et des recherches qui en ont été l'objet. On admire comment un seul homme 
(24) a été capable de concevoir un édifice aussi immense et encore plus comment il a pu l'exécuter. Nous citerons encore les Vies des peintres et des sculpteurs les plus fameux (25). Après avoir encouragé les artistes par ses bienfaits, les avoir animés par son exemple, il ne lui restait plus que de rendre lui-même hommage à leurs talents, en écrivant leurs vies et célébrant leurs ouvrages.
La vie privée du comte de Caylus n'offre point de curiosités dignes de piquer la curiosité de nos lecteurs; nous sommes étonnés seulement qu'il ait pu suffire à la quantité d'ouvrages qui est sortie de sa plume. Leur véracité n'est pas moins étonnante. Né pour le travail, ce n'était qu'avec une occupation que le comte de Caylus se délassait d'une autre occupation. Un travail sérieux, une dissertation approfondie était suivie d'un conte enjoué, d'une facétie; ces derniers ouvrages n'étaient pour lui qu'un amusement. On en excepte néanmoins ses Romans et ses Contes orientaux 
(26), dont les premiers étaient des traductions de l'italien et de l'espagnol (27), et les derniers sont dus à la connaissance qu'il avait prise des langues orientales pendant son séjour à Constantinople.»
Ses ouvrages littéraires. Son portrait haineux par Marmontel
Le comte de Caylus avait perdu sa mère en 1729. Il en éprouva un chagrin terrible, auquel le temps seul et aussi, avouons-le, une certaine comtesse de Bolingbroke, belle-mère de sa mère (28), purent faire diversion. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il connut Mlle Quinault et qu'il devint assidu aux après-midi de ses Dimanches. C'est là que nous retrouvons notre Caylus, ce Caylus qui nous appartient par un bien petit côté, le Caylus de ces Messieurs, de l'Histoire de Guillaume, des Aventures des Bals de bois et des Étrennes de la Saint-Jean et autres bagatelles curieuses, rapsodies gauloises et graveleuses, historiettes poissardes qui évoquent les discours grouillants du peuple au XVIIIe siècle. L'artiste dans cette aimable société se plaisait à lancer la saillie forte en gueule , les quolibets douteux, les malices au gros sel, qui excitaient la verve et le rire large des auditeurs. Dans le fameux recueil manuscrit du comte de Maurepas, on retrouve toute la partie rimée par les joyeux convives de Mlle Quinault, les gaudrioles, les chansons, les épigrammes, les pièces lestes, les médisances scandaleuses et les polissonneries qui se débitaient à la bonne franquette et à veste déboutonnée. Caylus fréquentait également le salon de Mme Geoffrin, dont Mme d'Epinay , dans ses Mémoires, nous a permis d'apprécier le ton. Il se trouvait moins à l'aise dans ce cercle sentencieux, où Diderot prônait (29) et où la philosophie avait élu domicile, où les encyclopédistes s'épanouissaient; souvent cependant il savait captiver par un récit vif l'attention de toute l'assemblée, mais il ne pouvait vaincre l'antipathie que certains personnages, Marmontel entre autres, lui inspiraient, et il consentait devant et devers eux un aspect glacé, un air hautain qui tenait presque du mépris. Dans ses Mémoires (30), Marmontel fait un curieux portrait de Caylus, rencontré par lui chez Mme Geoffrin.

«Parmi les amateurs qui étaient de ces dîners, dit-il, il y en avait d'imbus d'assez bonnes études. Avec ceux-ci je n'étais pas en peine de varier la conversation, ni de la ranimer lorsqu'elle languissait; et ils me semblaient assez contents de ma façon de causer avec eux. Un seul ne me marquait aucune bienveillance, et dans sa froide politesse je voyais de l'éloignement; c'était le comte de Caylus.
Je ne saurais dire lequel de nous deux avait prévenu l'autre; mais à peine avais-je connu le caractère du personnage, que j'avais eu pour lui autant d'aversion qu'il en avait pour moi. Je ne me suis jamais donné le soin d'examiner en quoi j'avais pu lui déplaire, mais je savais bien moi ce qui me déplaisait en lui. C'était l'importance qu'il se donnait pour le mérite le plus futile et le plus mince des talents; c'était la valeur qu'il attachait à ses recherches minutieuses et à ses babioles antiques; c'était l'espèce de domination qu'il avait usurpée sur les artistes, et dont il abusait en favorisant les talents médiocres qui lui faisaient la cour et en déprimant ceux qui, plus fiers de leur force, n'allaient pas briguer son appui. C'était enfin une vanité très-adroite et très-raffinée et un orgueil très-âpre et très-impérieux pour les formes brutes et simples dont il savait l'envelopper. Souple et soyeux avec les gens en place, de qui dépendaient les artistes, il se donnait près de ceux-là un crédit dont ceux-ci redoutaient l'influence. Il accostait les gens instruits, se faisait composer par eux des mémoires sur les breloques que les brocanteurs lui rendaient, faisait un magnifique recueil de ces fadaises, qu'il donnait pour antiques, proposait des prix sur Isis et Osiris, pour avoir l'air d'être lui-même initié dans leurs mystères, et, avec cette charlatanerie d'érudition, il se fourrait dans les Académies sans savoir ni grec ni latin. Il avait tant dit, tant fait dire par ses prôneurs qu'en architecture il était le restaurateur du style simple, des formes simples, du beau simple, que les ignorants le croyaient, et, par ses relations avec les Dilettanti, il se faisait passer en Italie et dans toute l'Europe pour l'inspirateur des beaux-arts. J'avais donc pour lui cette espèce d'antipathie naturelle que les hommes simples et vrais ont toujours pour les charlatans.».

Il fallait que Marmontel eût été violemment malmené par Caylus pour qu'il ait osé marquer ainsi de sa griffe rancunière le débonnaire Mécène des artistes. Le portrait qu'on vient de lire est tracé par un sentiment atrabilaire, il y a plus que de la mauvaise humeur et de la vanité blessée; c'est une diatribe dictée par la colère, l'envie, l'impuissance et la honte acerbe d'un mépris subi longtemps et patiemment.

Ses collections
Le comte de Caylus possédait l'estime des savants de toutes les nations; il entretenait une correspondance avec les principaux antiquaires et archéologues fureteurs de son temps; il était lié surtout avec Alfani de Naples, Zanetti de Venise, Bellotti et Natoire de Rome, Paciaudi de Parme (31), qui cherchaient tous à lui être agréable en dépistant les curiosités et les antiquités partout où elles se trouvaient. Vers 1756 il entrait en communion de sympathie intime avec l'abbé Barthélemy, qui lui adressait de Rome, où il avait suivi dans son ambassade M. le duc de Choiseul, les plus intéressantes et les plus spirituelles missives (32).

Dans le magnifique hôtel qu'il s'était fait construire à l'angle des rues de Bourgogne et Saint-Dominique (33), il avait réuni, comme dans un palais de la science, une merveilleuse collection  (34) d'objets égyptiens, étrusques, grecs, romains et gaulois, ainsi qu'une masse de documents précieux pour l'histoire des arts. «L'entrée de la maison, dit Lebeau, dans son Éloge, annonçait l'ancienne Égypte; on y était reçu par une belle statue égyptienne de cinq pieds cinq pouces de proportion. L'escalier était tapissé de médaillons et de curiosités de la Chine et de l'Amérique. Dans l'appartement des antiquités, on se voyait environné de dieux, de prêtres, de magistrats égyptiens, étrusques, grecs, romains, entre lesquels diverses figures gauloises semblaient honteuses de se montrer.»

L'âge n'avait pu affaiblir ni les forces, ni l'activité étonnante de Caylus; il se mêlait à toutes les entreprises d'art, et c'est grâce à lui et à son ami intime et parent M. de Maurepas que Bouchardon obtint l'ouvrage de la Fontaine de la rue de Grenelle, la statue équestre du Roi et sa position de dessinateur à l'Académie des belles-lettres. Les études de Caylus étaient devenues sérieuses et réglées; il se perfectionnait dans ses connaissances en se livrant journellement à des occupations opiniâtres sur les pierres gravées et le dessin ou à des écrits sur ses trouvailles et ses observations. Cependant la goutte le tyrannisait; dans une lettre à Paciaudi du 20 décembre 1763, il écrivait avec une aimable résignation de philosophie : «Un peu plus tôt ou un peu plus tard, il faut s'en aller et retourner d'où l'on est venu, afin d'envisager le monde, comme Mlle de L'Enclos, qui disait en mourant à un de ses amis : Je ne laisse que des mourants.»

 

Une mort philosophique

Au commencement de 1765 le comte de Caylus fut atteint sérieusement; un dépôt d'humeurs, fixé sur une de ses jambes détruisit entièrement sa santé. Il supporta avec le plus grand courage les opérations douloureuses qu'il eut à subir, il méprisait la douleur, et son tempérament vigoureux et robuste semblait vouloir défier la mort en secouant la souffrance; selon Grimm, il sortait dès qu'il pouvait se soutenir, et il ne pardonnait pas à ses amis de s'informer de l'état de sa santé. «La veille de sa mort il se promena encore dans son carrosse avec une fièvre épouvantable et ayant le transport au cerveau; il rentra et se coucha pour mourir - le 5 septembre 1765.

Tant de résistance contre la maladie n'avait d'autre but que d'échapper aux prêtres et aux secours de l'Église (35). Son curé, M. Chapeau, étant venu le voir pendant que l'excès du mal le retenait chez lui malgré lui, il lui dit : «Monsieur le curé, je vous entends; vous pouvez vous épargner la peine de revenir; le temps est mauvais, et je vous promets de ne pas sortir d'ici sans chapeau.» Il lui a tenu parole; il a bien fallu que M. Chapeau vînt le chercher pour le transporter dans sa paroisse.

Le comte de Caylus, qui ne s'était jamais marié, mourait sans laisser d'héritiers directs : son frère cadet, le chevalier de Malte, chef d'escadron et gouverneur des Iles sous le Vent, était mort également sans postérité. Il abandonna donc son cabinet au Roi, et institua pour son légataire universel un sien cousin, son plus proche parent, le marquis Joseph Robert de Lignerac, comte de Saint-Chamand (36). Caylus fut enterré en l'église de Saint-Germain l'Auxerrois dans ce fameux sarcophage de porphyre antique (37) qu'il avait acheté de son vivant et qu'on peut voir au Musée des antiques du Louvre, dans la salle des Saisons, où il fut placé après la Révolution. Une plaque de marbre noir fixée dans l'église contre la muraille et au-dessous de son médaillon portait cette inscription :

Hic jacet
A Cl. de Thubières
Comes de Caylus
Utriusque et litterarum
Etartium Academiæ socius
Obiit die V septembris
Anno MDCCLXV
Ætatis suæ LXXIII

 

Diderot, dans un distique plaisant et bien connu, fit cette épitaphe épigrammatique sur Caylus :

Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque :
Ah! qu'il est bien logé dans cette cruche étrusque.

Pour faire compensation au distique de Diderot nous citerons ce quatrain, qui figure au bas d'un portrait de Caylus gravé par Cochin, et que nous attribuons à P. Mariette :

Misanthrope par volupté,
Il cultive les arts en philosophe aimable,
Et vit trop en homme estimable
Pour n'être pas taxé d'originalité.
III 
Les facéties poivrées de Caylus
Nous avons bâti sobrement plutôt qu'écrit la biographie du comte de Caylus, en coordonnant et soudant ensemble les quelques documents que nous avions réunis pour cette physionomie d'artiste, dont le côté littéraire absolu est, nous devons en convenir, fugitif comme un profil perdu. C'est que Caylus, sous quelque aspect qu'on puisse le présenter, reste toujours l'antiquaire, le chercheur, le Mécène; ses travaux littéraires ne sont que jeux de plume, bagatelles amusantes qu'il couvre de son nom. C'est ainsi que, suivant l'expression du naturaliste Daubenton, il mettait son esprit à la diète, en se délassant de ses travaux sérieux par des facéties pimentées et joyeuses, destinées â la société qui les lui inspirait. Son style est incorrect et rude, mais il ne manque pas d'une certaine aisance; il sait fixer l'observation en donnant du relief au gras langage qu'il a étudié. C'est là le seul accent d'originalité qu'il ait su mettre en ses écrits.

Nous ne prétendons pas, dans cette notice, analyser la manière de Caylus, elle se comprend; c'est un genre de talent qui ne s'alambique pas - il plaît ou déplaît. Quoi qu'il en soit, il reste le langage populaire du XVIIIe siècle, et il vaut peut-être mieux l'étudier avec Caylus qu'en compagnie de Vadé, qui, en étant plus burlesque, demeure évidemment moins réaliste.

[Suit la bibliographie de Caylus, que nous avons supprimée.]

IV
Une langue grasse et burlesque
Voltaire écrivait au roi de Prusse : «Comme vous ne jugez pas de nos guerriers par l'aventure de Lintz, vous ne jugerez pas aussi de tous nos beaux esprits par les Étrennes de la Saint-Jean. » - Nous ne saurions en effet présenter les Facéties du comte de Caylus, que nous offrons aujourd'hui au public lettré, comme une œuvre de haut ragoût littéraire; on ne doit pas donner plus d'importance qu'il ne faut à ces aimables productions du loisir et de la gaieté, qu'on nommait autrefois de «jolies polissonneries»; c'est une suite d'aperçus sur les mœurs du peuple, ses vices, ses ridicules et ses divertissements; au milieu d'œuvres de boudoir, de romans coquets et parfumés, nous avons cru devoir placer ces tableaux de guinguettes, de cabarets, de fêtes publiques, observés scrupuleusement par les joyeux écrivains de cette gaillarde république des lettres du XVIIIe siècle.

L'Histoire de M. Guillaume est un modèle parfait en son genre; les Bals de bois donnent une idée générale des liesses populaires et contiennent, en outre, une légère critique des fêtes données par la Ville, lors du mariage du Dauphin en 1747; les Étrennes de la Saint-Jean tiennent à la manière poissarde, à la langue grasse et burlesque, qui fut fort à la mode vers le milieu du siècle dernier. Nous n'insisterons pas sur la nature de ces œuvres, dont nous donnons une édition aussi fidèlement incorrecte que possible. Nous avons suivi les textes originaux. Pouvions-nous mieux agir ? Point ne le pensons; c'est affaire maintenant aux linguistes de réformer et de compléter notre étude sobrement conçue et légèrement écrite.

Paris, 8 janvier 1879.

OCTAVE UZANNE.

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