Nous deux Edmond (Suite et fin)

Edmond sans son frère

14

mai

2003

 

De 1870 à 1896

Retour à la première partie de la biographie

 

1870-1877. Solitude et abattement d'Edmond

 

 

Pendant le siège de Paris et la Commune, Edmond cherche à oublier son deuil en faisant des promenades dans Paris, qui seront transcrites en saisissants reportages dans le Journal.Sa maison est endommagée par la guerre civile.

1870-1871
 

Durant les mois d'août et septembre, Goncourt voyage dans le Tyrol bavarois avec son cousin Edouard Lefebvre de Béhaine.

1872

Parution de Gavarni, qui avait été écrit avec Jules. Le 16 mars, Edmond rencontre Alphonse Daudet, dans l'appartement parisien de Flaubert.

1873
 
Œuvre principale publiée

Gavarni, l'homme et l'œuvre

 

 

Premier «dîner des Cinq» chez Riche, le 14 avril, entre Daudet, Flaubert, Goncourt, Tourguéniev, Zola. Ils se retrouveront en janvier 1875, mai 1876, février 1881, mars 1882 à ce dîner des «auteurs sifflés». A mesure que Goncourt verra sa notoriété augmenter, il participera à toutes sortes de dîners : dîner des Spartiates, des japonisants, etc. Daudet et Goncourt commencent une correspondance, qui durera jusqu'à la fin du mois de juin 1896. En juin, les Daudet viennent déjeuner à Auteuil ; désormais, les relations de sympathie entre Daudet et Goncourt vont devenir très vite une véritable amitié, avec lettres, rencontres et repas de plus en plus fréquents, et le «cher Grand» allait être considéré comme de la famille. Le 14 juillet, Edmond établit sa première liste d'académiciens : Flaubert, Saint-Victor, Veuillot, Banville, Barbey d'Aurevilly, Fromentin, Ph. de Chennevières, Zola, A. Daudet, Cladel. Edmond est invité par son cousin Edouard, et ils voyagent ensemble en Suisse et en Bavière ; l'un des sites visités servira de décor pour La Faustin.

1874
 

Edmond commence à mener une vie moins retirée, il dîne en ville, s'intéresse de plus en plus à l'art japonais. Au mois de février, il rencontre Maupassant chez Flaubert. Le 9 mai, il se rend chez Barbey d'Aurevilly. Il commence, dans le doute, à écrire La Fille Elisa : c'est le premier roman qu'il va écrire seul. Le chapitre IV de La Femme au XVIIIe siècle (re)paraît sous le titre : L'Amour au XVIIIe siècle.

1875
 
Œuvre principale publiée

Catalogue de… Watteau

 

 
Sur la liste des futurs académiciens, P. Bourget remplace Fromentin qui vient de mourir. La parution de Marthe, histoire d'une fille (Huysmans) ranime, chez Edmond, les craintes de la censure qu'il éprouvait depuis 1852-1853. Un recueil d'eaux-fortes de Jules paraît, préfacé par Philippe Burty.
1876
 
Œuvre principale publiée

Catalogue de… Prud'hon

Edmond dîne chez Charpentier avec Gambetta, qui lui inspire le plus grand mépris. Le 16 avril, La Fille Elisa qui avait été préparée dès 1862 avec Jules, paraît, et Edmond a la première idée de ce qui sera La Faustin. La Fille Elisa est le premier grand succès de librairie d'Edmond. Lors d'un dîner chez Trapp, en avril, Flaubert; Zola et Goncourt sont fêtés comme les maîtres écrivains de l'heure par les jeunes auteurs, Maupassant, Huysmans, Céard, Hennique, Paul Alexis, Mirbeau. Ce dîner est considéré comme celui de la fondation de l'école naturaliste. Goncourt assiste, chez le peintre Becker, 26 rue de Fleurus, à la représentation de Feuille de rose, Maison turque, pochade scabreuse (fort appréciée de Flaubert) écrite sous la direction de Maupassant et qui avait été répétée dans l'atelier du peintre Maurice Leloir. Pour la première fois, Goncourt passe des vacances chez sa cousine Fedora Henrys, épouse de Léon Rattier, au château de Jean-d'Heurs (Meuse). Désormais, il passera, jusqu'en 1895, le mois d'août à Jean-d'Heurs et une partie du mois de septembre chez la princesse Mathilde, à Saint-Gratien ; à quoi s'ajouteront les vacances d'été chez les Daudet.
1877
 
Œuvre principale publiée

La Fille Elisa

 

 

1877-1896. Vers la reconnaissance littéraire

Goncourt dîne régulièrement chez Charpentier, chez le peintre De Nittis, chez Zola. Il visite l'Exposition universelle. En octobre, il dîne chez Matzugata, commissaire du Japon à l'Exposition universelle, et assiste à une séance de dessin à l'encre de Chine sur mousseline. En novembre, il achète un vase chinois en jade vert, vu à l'Exposition. Puis chez Ph. Burty, il contemple, fasciné, la confection d'un kakemono à l'aquarelle sur soie, par Watanabe-Seï (et non Watanobé-Seï). Il y voit pour la première fois Hayashi.
1878
 
Œuvre principale publiée

Histoire de Marie-Antoinette, illustrée

 

Avec l'élection de Jules Grévy, la IIIe République s'installe. Pour la première fois, Goncourt dîne chez le Dr Charcot. Il pose pour Bracquemond, qui fait son portrait. Pour l'exposition de dessins anciens (mai-juin) à l'Ecole des Beaux-Arts, organisée par Ch. Ephrussi, Goncourt prête 113 dessins de sa collection. Nana (Zola) vient de paraître.
1879
 
Œuvres principales publiées

Les Maîtresses de Louis XV, édition séparée et augmentée, 3 vol.

Les Frères Zemganno

 

Avec les De Nittis, l'amitié se renforce. Du mois de décembre au mois de février de l'année suivante, De Nittis fait le portrait au pastel de Goncourt. Le 8 mai, Flaubert meurt à Croisset. Edmond assiste, très ému, aux obsèques de son ami, en compagnie de Daudet, Zola, etc. Ils s'étaient tous vus pour la dernière fois à Croisset, au moment de Pâques.Sur la liste des futurs académiciens, Flaubert est remplacé par Maupassant. Charles de Villedeuil reparaît, après avoir mené une vie d'aventurier. Goncourt travaille à La Faustin. Il est parrain de Jeanne Charpentier, la deuxième fille de son éditeur. Il prête 25 dessins pour l'exposition sur les «Dessins de décoration et d'ornements de maîtres anciens», tenue au musée des Arts décoratifs.

1880
 

Le 9 juillet, Paul de Saint-Victor meurt, et sur la liste de l'académie il est remplacé par Henry Céard.
1881
 
Œuvres principales publiées

La Maison d'un artiste, 2 vol.

L'Art du dix-huitième siècle, 3e édition revue et augmentée, illustrée, A. Quantin, 1881-1883

  

Aux deux événements publics majeurs, la démission obligée de Gambetta et le krach de l'Union générale des banques, Edmond ne réagit qu'en pensant à leurs conséquences sur la diffusion de La Faustin qui vient de paraître. Il fait recevoir les Daudet chez la princesse Mathilde. Gambetta meurt.
1882
 
Œuvres principales publiées

La Faustin

La Saint-Huberty

 

Edmond commence à apprécier Rollinat. Huysmans et Céard assistent à l'ex-dîner des Cinq (10 avril). Edmond rencontre Oscar Wilde. Le 24 août, le comte de Chambord meurt, «nous entrons à tout jamais dans l'ère des gugusses» (Journal, 2 juillet. Le bruit de sa mort avait couru à cette date). Mort de Tourguéniev. Vingt-huit dessins des collections d'Auteuil sont prêtés pour l'exposition, galerie G. Petit, sur «l'Art du XVIIIe siècle», de la mi-décembre à janvier 1884.

1883
  

Edmond n'apprécie pas l'exposition Manet (le peintre est mort l'année précédente). Il juge A rebours (Huysmans) un excellent exemple de l'écriture artiste. L'épidémie de choléra n'inspire qu'un sentiment à Edmond : la crainte que la désinfection n'abîme ses collections. De Nittis meurt. Goncourt présente à la princesse Mathilde Hayashi, marchand d'art japonais et collectionneur. Hayashi collaborera avec Edmond comme traducteur pour Outamaro et Hokousaï. Le 16 novembre,Edmond rédige la deuxième version de son testament, où A. Daudet et H. Céard (qui sera éliminé l'année suivante) sont institués exécuteurs testamentaires. Ce testament sera complété ou corrigé par 4 codicilles ultérieurs, et l'ensemble sera considéré comme valable en 1897.
1884
 
Œuvre principale publiée

Chérie

 

 

Avec les droits d'auteur de la réédition, par Kistemaekers, de En 18.., Goncourt couvre les premiers frais d'installation du fameux Grenier, aménagé par Frantz Jourdain. Les Daudet viennent, en avant-première, visiter ce Grenier, qui sera inauguré le dimanche 1er février. Désormais, les rencontres dominicales deviennent rituelles, sauf pendant les mois d'été. On reprend Henriette Maréchal à l'Odéon. Victor Hugo meurt, ses obsèques sont plus que grandioses. Les pages écrites à cette occasion dans le Journal sont célèbres, montrant l'exploitation de l'événement. Malgré la recrudescence du choléra en Provence, Goncourt part le 22 septembre pour Avignon où il retrouvera les Daudet ; tous ensemble, ils visitent la Provence, puis Edmond rentrera à Paris le 11 octobre. Réunion japonaise chez S. (Siegfried) Bing avec Hayashi. Edmond fait paraître les Lettres de Jules de Goncourt, choisies par lui, parfois réduites ou édulcorées.

1885
  

Lors d'un dîner des Spartiates, Drumont annonce la publication de La France juive. Bracquemond emmène Goncourt chez Rodin. On joue Renée Mauperin, adaptée par Henry Céard, à l'Odéon. Edmond passe des vacances chez les Daudet. Il commence à s'intéresser aux objets d'art industriel japonais attiré, maintenant, par des couleurs violentes ; autour de lui, le pays à la mode est plutôt la Russie. A. Daudet choisit Edmond comme parrain de sa fille Edmée (6 novembre), en témoignage de son amitié et de sa confiance.
1886
 
Œuvres principales publiées

Pages retrouvées, par Edmond et Jules, avec une préface de Gustave Geffroy

Renée Mauperin, pièce tirée du roman par Henry Céard

L'adaptation de Sœur Philomène, par Jules Vidal et Arthur Byl, est représentée au Théâtre Libre. H. Céard est remplacé, sur la liste de la future académie, par Joseph-Henri Rosny. Rodin se rend chez Goncourt pour voir ses estampes japonaises, et Mallarmé vient au Grenier. Le Journal commence à paraître (3 mars), et A. France, à la surprise de Goncourt, en fait l'éloge. Le deuxième volume paraîtra le 21 octobre, et sept autres suivront. La première édition intégrale sera donnée par R. Ricatte (22 vol., 1956 ; 4 vol., 1959). Comme Proust, Goncourt éprouve une admiration mondaine et tout esthétique pour Mme Straus, dont il fréquente le salon. Pauline Zeller, une des filles du professeur d'histoire en Sorbonne Jules Zeller, et habituée du salon de la princesse Mathilde, cherche à séduire Edmond de Goncourt, qui reste en retrait. Le 18 août, Bonnetain, Rosny, Descaves, Margueritte et Guiches font paraître, dans Le Figaro, le Manifeste des Cinq contre La Terre (Zola). La presse accuse Daudet et Goncourt d'en être les instigateurs. Jules Grévy est obligé de démissionner, Sadi Carnot devient président de la République. Goncourt change son testament et le lit pour la première fois à Daudet, l'un de ses exécuteurs testamentaires. Céard en est exclu. Les Daudet achètent une maison au bord de la Seine, à Champrosay, commune de Draveil (Essonne), où Edmond sera constamment invité à dîner ou à passer des vacances. Cette maison devient le pendant campagnard du Grenier d'Auteuil.
1887
 
Œuvres principales publiées

La Femme au dix-huitième siècle, édition augmentée et illustrée, in-4°

Sœur Philomène, pièce tirée du roman

Les deux premiers tomes du Journal

Réjane joue, à l'Odéon, dans Germinie Lacerteux, écrite par Edmond, et dont les représentations seront houleuses. Romain Rolland lui écrira pour le soutenir après cet échec. Le 17 juillet, Goncourt adresse à Daudet une lettre-testament le nommant exécuteur testamentaire pour fonder la future académie et le «Prix des Goncourt», prévoyant également les modalités de la vente posthume de la maison et des collections. Goncourt fait planter dans son jardin une quarantaine de pivoines, envoyées du Japon par Hayashi. Dans la préface de Pierre et Jean, Maupassant critique l'écriture artiste. Raffaëlli commence le portrait d'Edmond. Goncourt dîne, chez Daudet, avec Loti. Il écrit une «Pétition à la Chambre pour la suppression de la censure» qui paraît dans L'Echo de Paris (23 décembre), et sera publiée dans La Censure sous Napoléon III (***, Savine, 1892).
1888
 
Œuvres principales publiées

Préfaces et manifestes littéraires

Madame de Pompadour, 1e édition illustrée

Germinie Lacerteux, pièce en 10 tableaux

Troisième tome du Journal

 

  
La Patrie en danger est représentée au Théâtre Libre. La nouvelle génération des auteurs fréquente le Grenier, tels Jean Lorrain et Abel Hermant. Goncourt, qui avait déjà abandonné le naturalisme, a l'intuition de la mort d'une certaine forme de roman, «genre éculé». Barbey d'Aurevilly meurt, et sur la liste de la future académie il est remplacé par Léon Hennique. L'étude d'Alidor Delzant, Les Goncourt, emplie d'erreurs, est mal reçue par Goncourt. Au mois de mai, Goncourt visite, sans grand enthousiasme, l'Exposition universelle. Le 4 juin, Goncourt dîne chez Edmond de Rothschild, le célèbre collectionneur. Il fait de considérables achats de chinoiseries et de japonaiseries, grâce à ses gains littéraires. Goncourt pose chez le sculpteur Alfred Lenoir, pour son buste. Lucien Descaves, futur académicien Goncourt, est poursuivi pour son livre, Sous-offs ; il sera acquitté l'année suivante. Champfleury, modèle de Pommageot dans Charles Demailly, et bête noire des Goncourt, meurt.
1889
 
Œuvre principale publiée

Histoire de la société française pendant la Révolution, 1e édition illustrée

Le 25 juillet, sur la liste de l'académie, Zola est remplacé par O. Mirbeau. Le 23 novembre, Goncourt prononce un bel hommage à Flaubert pour l'inauguration, à Rouen, d'une statue à sa gloire. L'adaptation, par Paul Alexis et Oscar Méténier, des Frères Zemganno est jouée au Théâtre Libre, mais c'est un four. Le Termite (Rosny Aîné) évoque le Grenier. Montesquiou présente Edmond à la comtesse Greffulhe. Goncourt lit la Vie de Henri Brulard (Stendhal) qui vient de paraître. Le quatrième tome du Journal (sur le siège de Paris et la Commune) paraît et provoque une polémique avec Renan; celui-ci dément des propos qui parurent à Goncourt, en leur temps, progermanistes donc antipatriotiques. Goncourt sympathise de plus en plus avec Rodenbach. Lenoir fait une ébauche de médaillon pour la tombe de Jules. Première de La Fille Elisa, pièce adaptée par Jean Ajalbert pour le Théâtre Libre.
1890
 
Œuvres principales publiées

Mademoiselle Clairon

Les Frères Zemganno, pièce tirée du roman

Quatrième tome du Journal

La Fille Elisa, adaptation pour le théâtre par Jean Ajalbert

  

  
Edmond fait exécuter un double du médaillon de Jules par Lenoir ; il le placera, l'année suivante, sur la façade de la maison d'Auteuil. Les représentations de La Fille Elisa, mise en scène par Antoine, sont interrompues par la censure, et le ministre de l'Instruction publique, Léon Bourgeois, s'oppose à la levée de l'interdiction. Dans Là-bas, Huysmans signe la condamnation à mort du naturalisme de Zola, mais fait l'éloge de Flaubert et des Goncourt. Première rencontre, chez Daudet, de Jules Renard. Mort de Banville, le 13 mars. Au mois de mars, Goncourt adresse une lettre sur la censure au Président de la commission de la censure. Dans le Journal, Goncourt fait sa profession de foi littéraire : il a voulu, dit-il, dématérialiser le naturalisme, mais il reproche aux décadents et aux symbolistes de se contenter de sonorités, sans inventer de personnes «vivantes». Edmond, tout comme Alphonse Daudet, sent venir la mort du livre par le journal, et celle du théâtre par le café-concert.
1891
 
Œuvres principales publiées

Outamaro, le peintre des maisons vertes

Cinquième tome du Journal

 

  
Charles Demailly, l'adaptation de P. Alexis et O. Méténier, est jouée au Gymnase, mais sans succès. Bourget et Maupassant sont rayés de la liste de la future académie, Rosny jeune et Paul Margueritte y prennent place. Lors de la parution du 6e volume du Journal (1878-1884), Goncourt est attaqué pour le narcissisme de ces pages. Edmond regrette de ne plus trouver ni dessins du XVIIIe siècle, ni, chez Bing, de nouvelles impressions japonaises. Le Salon du Champ de Mars consacre la victoire de l'art industriel français, inspiré par le Japon, sur le grand art. La comtesse Greffulhe vante à Goncourt, sans succès, le téléphone. Il visite à la villa des Arts, l'atelier de Carrière. Son notaire lui présente le projet d'académie comme impossible. Renan meurt, il a droit à des obsèques nationales. Parution de La Censure sous Napoléon III, avec une interview d'Edmond. Au mois de mai, Edmond dépose chez son notaire, Me Duplan, le texte définitif du testament (pour le texte et des précisions, voir Le testament d'Edmond de Goncourt (Léon Deffoux), Cahiers E. & J. de Goncourt, n°3-1994, p. 113 sqq.).
1892
 
Œuvres principales publiées

Sixième tome du Journal

Charles Demailly, adaptation pour le théâtre par Oscar Méténier et Paul Alexis

 

  
À bas le progrès!, mis en scène par Antoine au Théâtre Libre n'a aucun succès. Goncourt regrette l'influence de Tolstoï et Ibsen sur le théâtre français. La bicyclette devient populaire, et l'on dit qu'elle tue la vente des livres. Edmond rédige un codicille à son testament où il institue A. Daudet (ou, s'il meurt, son fils, Léon) et L. Hennique ses légataires universels, à condition d'exécuter le testament. Exposition des «Portraits des écrivains et journalistes du siècle», où est présentée sa collection de livres modernes, ornés du portrait des auteurs. Jean Lorrain lui fait connaître Yvette Guilbert. Goncourt confirme, par une lettre, son refus d'envisager le mariage avec Pauline Zeller, pour ne se consacrer qu'à son objectif de création de l'académie. Interview par Jules Huret, dans Le Figaro du 27 août, prônant le célibat des hommes de lettres. Déjeuner avec Sarah Bernhardt, qui pourrait jouer La Faustin, mais le projet n'aboutira pas, en raison du refus de l'actrice. En novembre, les femmes de la Ligue de l'émancipation «anathémisent» Goncourt et, le mois suivant, lui envoient une lettre à laquelle il ne répond pas. Goncourt apprécie la musique composée et jouée, chez Daudet, par «le petit Hahn» (Reynaldo Hahn).
1893
 
Œuvres principales publiées

À bas le progrès !

Etudes d'art, avec des aquarelles de Jules et Edmond, et une préface de Roger Marx

La Guimard

La Faustin, pièce en 8 tableaux, tirée du roman par Edmond, qui ne sera ni jouée ni publiée de son vivant

 

  

Au mois d'avril, Goncourt prête une aquarelle au Musée Galliéra, pour l'exposition «Marie-Antoinette et son temps». Il continue à être malade. Il regrette le succès de D'Annunzio en France. Marcel Schwob, admiré par Goncourt, prépare la traduction de Moll Flanders après celle de Colonel Jack (Daniel de Foe). Jean Grave est condamné pour son livre La Société mourante et l'anarchie (1893) et Drumont (La Libre Parole, 6 mars) accuse Goncourt d'être plus corrupteur que l'anarchiste. En août, pour le deuxième procès de l'écrivain anarchiste, Goncourt fera parvenir un témoignage en sa faveur, transmis par F. Jourdain ; l'accusé sera acquitté. Le livre de Léon Daudet, Les Morticoles, est dédié à Goncourt. Lorrain lui amène le prince de Polignac et la princesse, W. Singer, d'origine américaine. Vernissage du Salon du Champ de Mars, avec le portrait de Montesquiou par Whistler. Le Journal (tome 7) paraît en feuilleton. Les Daudet sont blessés par des passages du Journal. Chez les jeunes auteurs, à côté des symbolistes et des décadents, apparaissent les altruistes, aux préoccupations sociales. Antoine abandonne le Théâtre Libre. Comme en 1851, l'actualité politique a une influence directe et néfaste sur les productions littéraires de Goncourt : l'assassinat de Sadi Carnot, le 24 juin, fait interrompre les annonces pour la publication du tome 7 du Journal. Clemenceau écrit un article élogieux (La Justice, 27 août) sur Goncourt. Une rue de Nancy est baptisée «rue des Goncourt». Porel refuse, pour Réjane, La Faustin. Le 3 novembre, l'affaire Dreyfus commence. Primoli photographie les habitués du Grenier. Edmond reçoit de Londres l'anthologie en deux volumes de lettres et d'extraits du Journal, écrits avec son frère, publiée par l'éditeur Heinemann.
1894
 
Œuvres principales publiées

L'Italie d'hier, avec des croquis de Jules

Septième tome du Journal

 

 Goncourt n'est pas convaincu que Dreyfus ait trahi (Journal, 6 janvier). Consécration officielle : Raymond Poincaré remet à Edmond, le 1er mars, la croix d'officier de la Légion d'honneur, lors d'un grand banquet réunissant 310 invités. Goncourt regrette que les dieux de la jeunesse soient Baudelaire, Villiers de l'Isle Adam et Verlaine. Parution du 8e volume du Journal. Procès et condamnation d'Oscar Wilde. Testard propose à Goncourt de vendre sa collection de dessins du XVIIIe siècle au baron Vitta : refus indigné. Il va chez Mirbeau, à Carrières-sous-Poissy, avec Léon Daudet et Régnier. Les courants de pensée sont mystiques, symbolistes, tolstoïstes. Mort de Dumas fils. Bing présente une exposition de mobilier «art nouveau», que Goncourt tient pour le délire de la laideur.
1895
 
Œuvre principale publiée

Huitième tome du Journal

 

 Verlaine meurt, et Arsène Houssaye. Au Vaudeville, Porel prépare la représentation de Manette Salomon, écrite pour le théâtre par Edmond. La Revue blanche des frères Natanson publie La Vie et l'œuvre de Hok'Saï par S. Bing. Carrière expose, chez Bing. Des failles apparaissent dans l'amitié avec les Daudet. Le 28 juin, dernier Grenier, avec O. Uzanne, G. Lecomte et G. Toudouze. Edmond est fatigué au point de ne pas rédiger correctement son journal le 20 juin, jour anniversaire de la mort de son frère. Le 3 juillet, il écrit la dernière page du Journal et part pour Champrosay où il meurt, le 16 juillet 1896. Le dernier livre que Goncourt avait lu était Les Nuits, les Ennuis et les Âmes de nos plus notoires contemporains, par Ernest La Jeunesse.

1896
 
Œuvres principales publiées

Hokousaï, l'art japonais au XVIIIe siècle

Manette Salomon, pièce en 9 tableaux avec un prologue

Neuvième et dernier tome du Journal

 

Le 16 juillet 1896, Edmond de Goncourt meurt

 

 

1896-1897 : le testament, les ventes 

Le testament est ouvert le 18 juillet 1896, devant les deux exécuteurs testamentaires et légataires universels, A. Daudet et L. Hennique. Le 7 juillet 1897, il est lu à l'audience publique de la Première Chambre du Tribunal civil, au cours du procès engagé par des héritiers naturels qui en contestent la validité. La justice les déboutera le 5 août 1897, et le jugement sera confirmé en appel en 1900.

De février à juin 1897, huit ventes seront nécessaires pour adjuger à Drouot toutes les collections des Goncourt : livres, dessins, pastels, aquarelles, gravures et objets d'art du XVIIIe siècle, art d'Extrême-Orient, livres et estampes modernes. Le produit total, 1.369.249, 85 fr. de l'époque (soit, pour autant qu'on puisse trouver une équivalence, presque 26 millions et demi de francs actuels) servira de capital pour fonder le prix Goncourt et rémunérer les académiciens Goncourt.

 La fondation de l'académie

 La fondation officielle de la «Société littéraire dite des Goncourt» a lieu par la publication au Journal officiel des statuts le 26 janvier 1902. Le premier prix Goncourt est remis le 21 décembre 1903 à John Antoine Nau, pour Force ennemie.
 

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