Notice sur la Lettre à la présidente de Théophile Gautier 

 

La Présidente (Aglaé Savatier dite Apollonie Sabatier) a été peinte par Edmond et Jules de Goncourt :

«Passé la soirée avec la fameuse Présidente, Mme Sabatier, […]. C'est une assez grande nature, d'un entrain commun, une courtisane un peu peuple. Elle me représente une vivandière de faunes» (Journal, 16 avril 1864).

En 1887, Edmond ajoute : «Cette belle femme à l'antique, un peu canaille».

 

La lettre de Gautier à la Présidente, tout le monde le monde des hommes de lettres!), tout le monde l'avait lue, personne ne l'avait vue imprimée. Et pour cause. Dans les livres publiés, on en parlait à mots couverts, ainsi dans ce Théophile Gautier. Edmond y fait allusion en note (p. XVIII, note 1), en la désignant comme «la lettre rabelaisienne écrite d'Italie par Théophile Gautier à Mme X***», Bergerat également (p. 282, note 1). Bergerat, dans sa note est moins avare de détails qu'Edmond :

«Théophile Gautier a écrit deux ou trois lettres libres dans sa vie, plutôt pour exercer la verve rabelaisienne qui était en lui et s'amuser à l'emploi de mots tombés en désuétude, que pour les raisons vulgaires que l'on supposerait. […] L'une de ces lettres [… est] le récit d'un voyage en Italie; il comprend plus de vingt pages et formerait une plaquette… s'il était imprimable. Il ne l'est pas, malheureusement;[…]»

Si Edmond passe rapidement sur cette lettre, dans le Journal, il est, avec son frère, plus éloquent. On a cité (dans une note pour la préface) ce passage, on le donne ici une nouvelle fois. La lettre fut lue par Saint-Victor, chez Mario Uchard, après le dîner qui réunissait des amis, tous les dimanches :

«Le dessert est la lecture par Saint-Victor du voyage pornographique de Gautier, de Genève à Rome par Venise, en une lettre de huit pages à Mme Sabatier, la chanteuse, qu'il appelle la Présidente. Du de Sade, du Michel-Ange, du Saint-Amant, du Titien, du Régnier, du Teniers, du Ricord; du chaud, du cru, du dru, du fauve, de la merde! Tous les ruts de la pensée, l'été à midi, dans un bois; le CANTIQUE DES CANTIQUES du sperme, un phallus charbonné par un satyre sur un pan de Paros. Tout cela est là, dans un lyrisme à poil, dans une langue barbotante dans un bruit de cuvette et de foule se culetant aux temples antiques! Et de tout cela, de cette fanfaronnade bandante, le narrateur sorti vierge : c'est son compagnon de voyage, Cormenin, qui tout le temps a baisé pour lui.» (Journal, 13 décembre 1857)

C'est la première fois qu'ils entendent la lecture de la lettre, mais peu de temps auparavant (le 5 décembre), Saint-Victor, invité chez les Goncourt en même temps que Gavarni et Uchard, leur avait récité d'autres productions érotiques de Gautier, et leur avait parlé de

«sa fameuse lettre, longue comme trois feuilletons [n'oublions pas que Gautier gagnait sa vie en rédigeant des feuilletons théâtraux], sur les bordels d'Italie, à une dame, Mme Sabatier. Un grand côté inconnu de Gautier : une bacchanale d'un Titan du vers, de Sade-Michel-Ange» (Journal, 5 décembre 1857).

 

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