Note sur la lettre de la princesse Palatine,

les Goncourt

et

Gustave Brunet

 

 

 

 

Au restaurant Peters, les Goncourt dînent en compagnie de Claudin et Théophile Gautier, et voilà Gautier à lapider Louis XIV «comme à coups d'étrons» : « [C'est Gautier qui parle] "Un porc grêlé comme une écumoire! […] Toujours à manger et à chier… C'est plein de merde, ce temps-là! Voyez la lettre de la Palatine sur la merde…"» (Journal, 23 août 1862).

En note, Ricatte (éditions R. Laffont, «Bouquins», t. I, p. 852, n. 3) écrit :

«Cette lettre intégralement scatologique ne figure pas dans la Correspondance complète de la duchesse d'Orléans, née Palatine (2 vol. in-18, 1857)[…]»

Eh bien si! la lettre figure dans cette édition, où Gautier, Edmond et Jules de Goncourt et les autres (Flaubert, par exemple) ont pu la lire. Elle se trouve simplement renvoyée à la fin du deuxième tome (p. 385), et n'est donc pas classée chronologiquement, à l'instar des autres lettres.

Ce livre, la Correspondance [dite] complète de la princesse Palatine a été édité par Gustave Brunet, qui a rassemblé, tâche de longue haleine, les lettres, et les a traduites de l'allemand. La lette scatologique fut, elle, écrite en français, mais Brunet en a rétabli l'orthographe et l'a modernisée. À la suite de cette lettre, la réponse, sur le même ton, de Sophie de Hanovre, d'où l'on pense que les deux lettres furent un exercice de style, peut-être inspirées du chapitre des Torche-culs de Rabelais, mais rien n'est moins sûr. «Une gageure», en tout cas, dit Brunet, qui présente les deux lettres avec circonspection : «Nous avons hésité à reproduire les deux lettres suivantes, qui se trouvent en français dans le volume allemand publié en 1789 […]».

La lettre de l'électrice de Hanovre, datée du 31 octobre 1694, débute ainsi :

«C'est un plaisant raisonnement de merde que celui que vous faites sur le sujet de chier, et il paraît bien que vous ne connaissez guère les plaisirs, puisque vous ignorez celui qu'il y a à chier, […]»

et se termine par cette phrase :

«J'espère qu'à présent vous vous dédirez d'avoir voulu mettre le chier en si mauvaise odeur, et que vous demeurerez d'accord qu'on aimerait autant ne point vivre que ne point chier».

ILLUSTRATION 

Image extraite de Dissertation sur un ancien usage,
par Mr.** L'UN DES SEPT (1743) p. 10.
Reprint par L'Imprimerie Union, Paris, 1980.

 

 La lettre de la princesse Palatine 

 

Sortons du domaine scatologique; accordons à la
princesse Palatine l'intervention d'un porte-coton princier, et
passons à Gustave Brunet.

 

 

Pierre Gustave Brunet, qu'il ne faut pas confondre avec Jacques Charles Brunet (1780-1867), l'auteur du Manuel du libraire, est né à Bordeaux en 1807. Il empruntait parfois le pseudonyme de Philomneste Junior, par référence à Peignot, dont le pseudonyme était Philomneste. Parmi ses nombreux essais, Les Fous littéraires… (réimprimés en 1970), Imprimeurs imaginaires… (1866), Livres perdus… (réimprimés en 1973), Sur les Bibliothèques imaginaires. Il a publié, sous le pseudonyme «Bibliophile de Cabinet» (on va comprendre, en lisant le titre, pourquoi ce nom), une Anthologie scatologique, recueillie et annotée par un Bibliophile de Cabinet, À Paris, près Charenton, chez le libraire qui n'est pas triste [J. Gay], imprimé en l'ère du Carnaval de 1000800602 [1862].

Gustave Brunet est également l'auteur du Supplément aux Supercheries littéraires dévoilées [de Quérard] et au Dictionnaire des ouvrages anonymes [de Barbier]. Est-ce par élégance ? Dans ce Supplément, Philomneste Junior est signalé. Feuilletant le livre un peu au hasard, nous y apprenons que le vrai nom de Brevannes, auteur de «La fille Élisabeth», la parodie de La Fille Élisa qui parut au Tintamarre du 1er avril 1877, est un certain Alfred Barbou. Que André Gill a écrit, et dessiné, Victor Hugo revu et corrigé à la plume et au crayon. Les chansons des grues et des boas (1865). Philomneste Junior, on connaît, mais Philomneste Minimus ? C'est Fernand Drujon. Ajoutons à l'actif de Gustave Brunet, le Supplément au Manuel du libraire et de l'amateur de livres de J.-C. Brunet, Supplément en deux tomes, avec la collaboration de P. Deschamps.

Gustave Brunet est mort à Bordeaux, la même année qu'Edmond de Goncourt, qui semble ne l'avoir jamais rencontré, puisqu'il n'est jamais cité dans le Journal.

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