Extrait de L'Illustration. Journal universel, 7 décembre 1878, «Courrier de Paris».

 

A propos de nouveautés littéraires, n'oublions pas de dire un mot d'un livre que prépare le survivant des deux de Goncourt. Il s'agit d'un recueil de lettres. Cinquante lettres de Théophile Gautier, c'en est assez, vous le supposez bien, pour piquer au plus haut point la curiosité des gourmets et des délicats .A ces épîtres écrites, bien entendu, sur le ton d'une amicale familiarité, M. de Goncourt ajoutera des dialogues, des entretiens, des monologues et des confidences, dont l'auteur de Fortunio sera le principal interlocuteur. On voit que cela rappellera quelque peu les conversations qui ont eu lieu entre Goethe et Ackermann. Tous ceux qui ont entendu causer Théophile Gautier savent tout ce qu'il y avait d'imprévu et de charmant dans ce qu'il disait. Il est donc tout simple qu'on souhaite vivement que le livre annoncé paraisse au plus vite.

On compose aujourd'hui beaucoup moins de Mémoires que par le passé, mais la postérité n'y perdra rien, puisque la correspondance des contemporains remplace fort agréablement leur autobiographie. Rien de plus aimable à lire que les lettres de Lamartine, rien de plus instructif que celles de P.-J. Proudhon. Vous verrez que ces cinquante lettres de Théo seront,. dès le premier jour, dans toutes les mains ; mais se bornera-t-on à ce seul volume ? Théophile Gautier a beaucoup vécu. De 1829 à 1872, il a pris la part la plus active au mouvement littéraire et aux luttes de l'art. Il s'est mêlé à de grandes luttes ; il a vécu dans l'intimité des dieux ; il a fait partie des cénacles ; il a vu la splendeur et la vanité des coulisses de tous les théâtres, depuis l'Opéra jusqu'aux Funambules, et il a eu à jeter à la hâte des myriades de pattes de mouches sur tout cela. Vingt camarades ont donc de ses lettres. Que M. de Goncourt publie cinquante lettres à lui adressées par le poète d'Emaux et camées, c'est pour le mieux. Tout le monde lui saura gré du service qu'il rend à l'histoire de notre temps. Néanmoins cela ne saurait suffire. Il faudrait que cet exemple fût suivi. Pages nombreuses, confidences, simples billets, la correspondance entière devrait être centralisée, et, après examen, publiée. On nous assure qu'il y aurait de quoi former quatre volumes.

Philibert Audebrand

 

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