Les deux sœurs de charité

par

B é r a n g e r

Revu le 12 mai 2003 


 

Les illustrations sont extraites d'une édition des chansons de Béranger
en deux volumes,
Chansons de Béranger.Contenant cinquante-trois
gravures sur acier d'après Charlet, A. de Lemud, Johannot, Grenier,
Jacque, Pauquet, Penguilly, De Rudder, Raffet, Sandoz.
réalisée par l'éditeur Perrotin en 2 volumes, 1842.

Notre chanson se trouve au premier tome, p. 191.

Les illustrations choisies ici sont l'œuvre de
Pauquet, gravées sur l'acier par Tavernier.

 

Les deux sœurs de charité

Air de la Treille de sincérité.

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité. (Bis.)

 

Vierge défunte, une sœur grise,

Aux portes des cieux, rencontra

Une beauté leste et bien mise

Qu'on regrettait à l'Opéra. (Bis.)

Toutes deux, dignes de louanges,

Arrivaient, après d'heureux jours,

L'une sur les ailes des anges,

L'autre dans les bras des amours.

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité.

Là-haut, saint Pierre en sentinelle,

Après un Ave pour la sœur,

Dit à l'actrice : On peut, ma belle,

Entrer chez nous sans confesseur.

Elle s'écrie :  Ah! quoique bonne,

Mon corps à peine est inhumé.

Mais qu'à mon curé Dieu pardonne ;

Hélas, il n'a jamais aimé.

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité.

 

Dans les palais et sous le chaume,

Moi, dit la sœur, j'ai de mes mains

Distillé le miel et le baume

Sur les souffrances des humains.

Moi, qui subjuguais la puissance,

Dit l'actrice, j'ai bien des fois

Fait savourer à l'indigence

La coupe où s'enivraient les rois.

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité.

Oui, reprend la sainte colombe,

Mieux qu'un ministre des autels,

À descendre en paix dans la tombe,

Ma voix préparait les mortels.

Offrant à ceux qui m'ont suivie,

Dit la nymphe, une sainte erreur

Moi, je ferais chérir la vie :

Le plaisir fait croire au bonheur.

 

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité.

 

Aux bons cœurs, ajoute la nonne,

Quand mes prières s'adressaient,

Du riche je portais l'aumône

Aux pauvres qui me bénissaient.

Moi, dit l'autre, par la détresse

Voyant l'honnête homme abattu,

Avec le prix d'une caresse,

Cent fois j'ai sauvé la vertu.

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité.

Entrez, entrez, ô tendres femmes!

Répond le portier des élus ;

La charité remplit vos âmes,

Mon Dieu n'exige rien de plus. (Bis.)

On est admis dans son empire,

Pourvu qu'on ait séché des pleurs,

Sous la couronne du martyre,

Ou sous des couronnes de fleurs. 

Dieu lui-même
Ordonne qu'on aime.
Je vous le dis en vérité:
Sauvez-vous par la charité. (Bis.)

 

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