24 février 2006

Rabelais et les yokaï

 

Rappelez-vous les yokaï que l'on a pu voir, tout récemment lors de la belle exposition de la Maison du Japon, au mois de novembre 2005.
 

http://freresfoncourt.free.fr/yokai2005/article.htm

 

Mais les tanuki, ils sont dans Rabelais! Au commencement du monde, après le meurtre d'Abel, quand la mi-août fut au mois de mars et la semaine eut trois jeudis, autant dire l'année des nèfles, les hommes en mangèrent trop, de ces nèfles. Si bien que l'on vit d'étranges phénomènes. Laissons la parole à Rabelais :

 

«[Ils] enflèrent en longueur par le membre qu'on nomme le laboureur de nature : en sorte qu'ils l'avaient merveilleusement long, grand, gras, gros, vert, et acrêté*, à la mode antique, si bien qu'ils s'en servaient de ceinture, le redoublant à cinq ou six fois par le corps. Et s'il advenait qu'il fut en point et eut vent en poupe, à les voir eussiez dit que c'était gens qui eussent leurs lances en l'arrêt pour jouter à la quintaine**. Et d'iceux est perdue la race, ainsi comme disent les femmes. Car elles lamentent continuellement qu' Il n'en est plus de ces gros, etc., vous savez le reste de la chanson. Autres croissaient en matière de couilles si énormément, que les trois emplissaient bien un muy. D'iceux sont descendues les couilles de Lorraine, lesquelles jamais ne habitent en braguette, elles tombent au fond des chausses.»

Rabelais, Pantagruel, premier chapitre, «De l'origine et antiquité de Pantagruel».

Les couilles de Lorraine ont beaucoup frappé Rabelais, ou est-ce un private joke ?.

«[…] les horrifiques couilles de Lorraine, lesquelles à bride avalée descendent au fond des chausses, abhorrent le manoir des braguettes hautaines, et sont hors de toute méthode : témoin Viardière le noble Valentin, lequel un premier jour de mai, pour plus gorgias*** être, je trouvai à Nancy, décrottant ses couilles étendues sur une table, comme une cape à l'espagnole.»

Rabelais, Le Tiers Livre, ch. VIII, «Comment la braguette…».

Un vrai tanuki, ce noble Viardière…


*acrêté : dressé et rouge comme une crête de coq.
**quintaine : le mannequin que l'on frappait avec sa lance.
***gorgias : beau.

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