17 avril 2005

   Les Goncourt, le pape et la papauté   

2 avril 2005 : mort du pape.

 

 

 «L'immensité de Saint-Pierre était silencieuse […] Tout à coup éclata et s'élança l'hymne du Pueri Hebræorum, […]

  Au premier accent de ce chant et de son allégresse, commençait la marche, la procession éternelle et toujours recommençante de toute cette cour de l'Église allant recevoir les rameaux des mains du Saint-Père : les Cardinaux, les Patriarches, les Archevêques, les Évêques non assistants et assistants, les Abbés mitrés, les Pénitenciers, le Gouverneur de Rome, l' Auditeur de la Chambre, le Majordome, le Trésorier, les Protonotaires apostoliques participants et honoraires, le Régent de la Chancellerie, l'Auditeur des contredites, les Généraux des Ordres religieux, les quatre Conservateurs, les Auditeurs de Rote, les Clercs de la Chambre, les Votants de la signature, les Abréviateurs, les Maîtres des cérémonies, les Camériers assistants, les Camériers secrets, les Camériers ordinaires, les Camériers extra, les Avocats consistoriaux, les Écuyers, les Chantres, les Clercs et les Acolytes de la Chapelle, les Porteurs de la Virga rubea, - tout un peuple ecclésiastique et toute l'innombrable «Famille pontificale» allongeant son lent défilé comme en ces déroulements de milices chrétiennes allant cueillir au ciel la palme des élus.

  Le Pape assis, offrant, aux baisers qui montaient, ses genoux couverts d'un voile brodé, sa main et son pied, distribuait à chacun la palme frisée de San Remo, avec un mouvement d'automatisme grandiose, un geste hiératique et ancien qui le faisait ressemblant, sous le dais de sa chaise, nuageux d'encens, à une statue sainte du Passé.

  Merveilleuse mise en scène, admirable coup de théâtre de la liturgie, chef-d'œuvre du triomphal spectacle religieux du XVle siècle, de son génie d'art catholique, de toutes ces grandes mains de ses artistes et de ses peintres inventant le dessin, l'ordonnance, l'arrangement, la composition et la symétrie des poses, le pyramidement des groupes, la beauté du décor vivant, étageant tous ces figurants magnifiques, en camail d'hermine, en surplis de dentelles, ruisselants de brocart et de soie, et qui portent l'or pâle de leurs palmes tremblantes sur le cramoisi des fonds, sur les harmonies et les splendeurs sourdes d'un colossal Titien!»

E. et J. de Goncourt

 

 

Madame Gervaisais
Chapitre XXIII

 

 

«Les Goncourt, avec raison, pour peindre le détraquement cérébral
de la femme sous l'influence catholique, avaient décrit, à l'aide de tous
les raffinements du style, les pompes, les mises en scène des églises
romaines; ils avaient fait passer dans une phrase compliquée, peinte,
sculptée et parfumée, toutes les couleurs, toutes les musiques, tous
les encens, qui prennent les nerfs et troublent l'esprit dans la solennité
d'une messe à grand orchestre ou dans les tristesses de la semaine
sainte; telle page était éclatante et dorée comme une nef traversée
de lumière et de chants; telle autre était mystérieuse et sanglante
comme la chapelle obscure où l'on célèbre l'office de "Ténèbres".»

Gustave Geffroy 

 

 

Notes d'un journaliste

Charpentier, 1887, p. 170.
Article consacré à Daudet
et paru dans La Justice,
7 avril 1883.

 

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