
2 avril 2005 : mort du pape.
«L'immensité de
Saint-Pierre était silencieuse [
]
Tout à coup éclata et
s'élança l'hymne du Pueri
Hebræorum, [
] Au premier accent de ce
chant et de son allégresse, commençait la
marche, la procession éternelle et toujours
recommençante de toute cette cour de
l'Église allant recevoir les rameaux des mains du
Saint-Père : les Cardinaux, les Patriarches,
les Archevêques, les Évêques non
assistants et assistants, les Abbés mitrés,
les Pénitenciers, le Gouverneur de Rome, l'
Auditeur de la Chambre, le Majordome, le
Trésorier, les Protonotaires apostoliques
participants et honoraires, le Régent de la
Chancellerie, l'Auditeur des contredites, les
Généraux des Ordres religieux, les quatre
Conservateurs, les Auditeurs de Rote, les Clercs de la
Chambre, les Votants de la signature, les
Abréviateurs, les Maîtres des
cérémonies, les Camériers
assistants, les Camériers secrets, les
Camériers ordinaires, les Camériers extra,
les Avocats consistoriaux, les Écuyers, les
Chantres, les Clercs et les Acolytes de la Chapelle, les
Porteurs de la Virga rubea, - tout un peuple
ecclésiastique et toute l'innombrable
«Famille pontificale» allongeant son lent
défilé comme en ces déroulements de
milices chrétiennes allant cueillir au ciel la
palme des élus. Le Pape assis, offrant,
aux baisers qui montaient, ses genoux couverts d'un voile
brodé, sa main et son pied, distribuait à
chacun la palme frisée de San Remo, avec un
mouvement d'automatisme grandiose, un geste
hiératique et ancien qui le faisait ressemblant,
sous le dais de sa chaise, nuageux d'encens, à une
statue sainte du Passé. Merveilleuse mise en
scène, admirable coup de théâtre de
la liturgie, chef-d'uvre du triomphal spectacle
religieux du XVle siècle, de son génie
d'art catholique, de toutes ces grandes mains de ses
artistes et de ses peintres inventant le dessin,
l'ordonnance, l'arrangement, la composition et la
symétrie des poses, le pyramidement des groupes,
la beauté du décor vivant, étageant
tous ces figurants magnifiques, en camail d'hermine, en
surplis de dentelles, ruisselants de brocart et de soie,
et qui portent l'or pâle de leurs palmes
tremblantes sur le cramoisi des fonds, sur les harmonies
et les splendeurs sourdes d'un colossal
Titien!»
«Les Goncourt, avec raison, pour
peindre le détraquement cérébral Charpentier, 1887,
p. 170.
de la femme sous l'influence catholique, avaient
décrit, à l'aide de tous
les raffinements du style, les pompes, les mises en
scène des églises
romaines; ils avaient fait passer dans une phrase
compliquée, peinte,
sculptée et parfumée, toutes les couleurs,
toutes les musiques, tous
les encens, qui prennent les nerfs et troublent l'esprit
dans la solennité
d'une messe à grand orchestre ou dans les
tristesses de la semaine
sainte; telle page était éclatante et
dorée comme une nef traversée
de lumière et de chants; telle autre était
mystérieuse et sanglante
comme la chapelle obscure où l'on
célèbre l'office de
"Ténèbres".»
Article consacré à Daudet
et paru dans La Justice,
7 avril 1883.
ch. XXIII)