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On
connaît
La
Lorgnette littéraire
de Charles Monselet, publiée par et chez
Poulet-Malassis et de Broise en
1857. On vous fait grâce
de «Coco malperché», on passe
l'édition des Fleurs du mal qui occasionna,
cette année 1857,
pas mal de tracas aux deux beaux-frères, Auguste
Poulet-Malassis (1825-1878)
et Eugène de Broise (né en
1821).
Depuis deux ans déjà (depuis
mars 1855),
Poulet-Malassis et Eugène de Broise étaient
associés, possédant l'imprimerie
d'Alençon, venue du père, maintenant mort,
un temps gérée par la veuve
Poulet-Malassis, et une librairie à Paris, sise 4,
rue de Buci, qui dépendait d'Eugène de
Broise, breveté libraire à Paris. En
1857,
donc, parut La Lorgnette littéraire,
Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon
temps, par Charles Monselet, où l'auteur avait
rassemblé de brèves notices humoristiques
sur ses contemporains hommes de lettres, publiées
en pièces détachées dans la
Gazette de Paris, du 18
mai au 28
décembre 1856
et le 5
avril 1857.
Précédant de quelques mois La Lorgnette
littéraire, il y avait eu, déjà,
publié par Poulet-Malassis et de Broise, Les
Oubliés et les dédaignés (le
premier titre auquel avait pensé, puis
renoncé, l'auteur était Les
Oubliés et les méprisés), en
deux volumes in-12, sous-titré Figures
littéraires de la fin du
XVIIIe
siècle, et où se trouvaient
rassemblées des études parues au
Constitutionnel de
1849 à
1851.
Avec La Lorgnette, Monselet passe du
dix-huitième siècle au dix-neuvième,
et ne donne pas d'études solides, comme
étaient celles qui avaient été
à l'origine du livre Les Oubliés et les
dédaignés, mais des impressions
subjectives et des jugements à
l'emporte-pièce, exprimés en quelques
lignes drôles plutôt qu'impartiales. De
l'histoire littéraire pour le premier livre, des
épigrammes pour le second. Les deux livres,
tirés tous deux à 1 500
exemplaires, sont bien
accueillis par le public, et tous deux seront
réédités : la Lorgnette
en 1859,
suivie en 1870
d'un Complément, éditée par
René Pincebourde, un ancien commis de
Poulet-Malassis ; Les Oubliés sera
republié en 1861,
puis en 1863
et enfin en 1876. Oublions les
Oubliés, pour
lorgner la Lorgnette. Le sous-titre,
Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon
temps, annonçait le saint patron occasionnel
de Monselet : Rivarol, qui avait écrit Le
Petit Almanach de nos Grands Hommes, Année
1788,
un pamphlet acide et percutant. «Nos grands
hommes» doit, chez Rivarol, s'entendre par
antiphrase, puisque sont recensés, au nombre de
six cent cinquante, les auteurs les plus médiocres
du temps, plus élégamment qualifiés
dans la préface d'«auteurs exigus».
Humour toujours, le livre est dédié
«diis ignotis» (aux dieux
ignorés). Monselet couvre un champ plus large et
se prend plus au sérieux que Rivarol, tout en
gardant la désinvolture acerbe de
l'écrivain dix-huitième siècle,
celui qui sera, pendant la Révolution, un des
piliers des Actes des Apôtres,
délectation des réactionnaires de tout
poil, tels que furent les frères Goncourt. La
Lorgnette aurait dû s'intituler La Fosse
commune. Dans les cimetières, la fosse commune
est réservée aux pauvres, aux anonymes, aux
solitaires, disons le mot : aux oubliés, et
Monselet avait déjà parcouru ce champ
lexical. La lorgnette est un mot plus pimpant, on en
conviendra. Un mot utilisé, déjà,
lui aussi, par Monselet, puisque les fragments de ce qui
sera La Lorgnette littéraire avaient paru
dans la Gazette de Paris sous le titre :
«Par le petit bout d'une lorgnette.
Répertoire des auteurs contemporains». Le mot
lorgnette appartient à l'univers du
théâtre ; de 1824
à 1826,
on avait pu lire La Lorgnette, journal des
théâtres, de la littérature, des
arts, des murs, des modes et de la librairie.
Grâce à sa lorgnette, moyen de mettre
à distance mais aussi de mieux distinguer les
détails, Monselet théâtralise ses
contemporains, et distribue, plus sérieux qu'il
n'y paraît, louanges et blâmes, comme s'il
parlait au nom de la postérité,
plaçant un tel au Panthéon, rejetant tel
autre aux oubliettes, à la fosse
commune. Les Goncourt ont
une place dans la Lorgnette
littéraire, et Monselet, ami d'Edmond et Jules
mais un rival tout autant, ne leur donne pas ce fameux
passeport pour l'immortalité que désirent
tous les auteurs, et plus encore que tous les autres,
Edmond et Jules de Goncourt. Voici les
pages 99 et
100
de La Lorgnette
littéraire :
GONCOURT (EDMOND ET
JULES DE).
- Un des meilleurs symptômes, c'est de voir les jeunes
auteurs poursuivre, à travers les travaux
d'imagination inséparables de leur âge, des
études sérieuses de bibliographie et
d'histoire. C'est ainsi qu'après avoir fait leurs
preuves d'invention et d'esprit dans un roman
excessif : En 18.., qui eût
suscité des batailles au temps du cénacle, MM.
de Goncourt se sont empressés de jeter dans le second
plateau de la balance, déjà
sévèrement tenu par la critique, les deux
Histoires de la Société française
pendant la Révolution et pendant le Directoire.
Pour commencer notre vilain métier, nous chicanerons
d'abord sur le titre, qui ne nous semble pas assez
justifié par la mise en uvre des
matériaux très abondants, très curieux
et parfois très nouveaux, d'ailleurs. Une histoire de
la société obligeait à des
déductions philosophiques, dont les auteurs, pour une
raison ou une autre, se sont montrés trop avares.
Leurs deux volumes ne sont au fond qu'une nomenclature
anecdotique, une quintessence de tous les documents intimes.
M. Challamel, dans son Histoire-musée de la
République, avait, de plus qu'eux, l'attrait des
caricatures reproduites ; il satisfaisait certaines
curiosités, tandis que MM. de Goncourt inspirent
l'envie de connaître les brochures et les gravures
qu'ils désignent imparfaitement ; c'est le
contraire du but qu'ils se proposent. - Une Voiture de
masques, La Lorette, Les Actrices, Sophie Arnould, sont
de ravissantes futilités. Nous nous tairons sur leurs
articles de Salon; en peinture comme en littérature,
ils exagèrent l'école du chic et les
procédés d'après-demain ; derniers
venus dans le moderne hôtel Rambouillet, ils y
voiturent avec un zèle moqueur les
commodités de la
conversation.»
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«Qu'est-ce
que la vie ?
- L'usufruit d'une agrégation de
molécules.» (Extrait de : Idées
et sensations.)
Définition précise et ingénieuse qu'un
philosophe de profession n'aurait jamais
trouvée.
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