23 mai 2004

Gustave L a r r o u m e t

lit

 

Edmond (et Jules aussi) de G o n c o u r t

 


 


Ce n'était pas l'amour fou entre Larroumet et Edmond de Goncourt. Gustave Larroumet (1852-1903) finit professeur à la Sorbonne, nommé pour la rentrée de 1891 : rien d'attirant pour Edmond, qui éprouvait le plus solide mépris pour les universitaires de son temps. Et réciproquement : nul, au sein de l'Université, n'avait pardonné aux Goncourt leur boutade : l'antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs. La rencontre des deux hommes date de 1888, et n'avait rien d'une partie de plaisir : c'était à l'occasion de Germinie Lacerteux, récrite pour le théâtre par Edmond et représentée pour la première fois à l'Odéon, le 19 décembre 1888, avec Réjane dans le rôle de Germinie. Une pièce jouée sur la scène d'un théâtre subventionné était, plus qu'une autre, soumise à la censure. Souvent, la négociation se faisait à l'amiable, entre le directeur de théâtre, l'auteur et les membres de la commission d'examen, qui dépendaient de la direction des Beaux-Arts. Edmond, qui s'en étonnerait, refusa ce qu'il voyait comme une compromission : on lui demandait de supprimer ou de modifier des mots jugés crus. Or, en 1888, Larroumet venait d'être nommé directeur des Beaux-Arts. Il assista en personne, le lundi 17 décembre, à la représentation qui précédait celle offerte au public et où la censure devait juger en dernier ressort si la pièce pouvait être donnée sans offenser les chastes oreilles. Larroumet se souvint longtemps que ce soir-là, dans la salle vide, les membres de la censure s'installaient au premier rang avec le directeur du théâtre (Porel), tandis qu'Edmond, furieux, s'asseyait au dernier rang, sans adresser la parole à personne, ni avant, ni pendant, ni après la représentation. Puis, il y eut l'interdiction de La Fille Élisa, adaptée par Jean Ajalbert, qui fut représentée au mois de décembre 1890 au Théâtre-Libre d'Antoine (où la censure n'avait pas son mot à dire), mais interdite au théâtre de la Porte Saint-Martin où elle devait être reprise au mois de janvier 1891, Larroumet étant encore directeur des Beaux-Arts.

Les relations s'arrangèrent, sans doute grâce à Alphonse Daudet qui les fit se rencontrer chez lui, à Champrosay. Et Larroumet écrivit sur l'œuvre entière de Goncourt un long article, daté du 1er mars 1896, «M. Edmond de Goncourt». On peut le lire dans Études de littérature et d'art, 4e série, Hachette et Cie, 1896. Ce n'est pourtant pas cette étude fouillée que l'on donne ici, mais un extrait de celle qui est consacrée à Alphonse Daudet, où, dans le passage ici proposé, abondent les remarques intéressantes et fines sur les deux Goncourt.






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Extrait de

Gustave Larroumet, «Alphonse Daudet», dans Études de littérature et d'art, 4e série, Librairie Hachette et Cie, 1896