Gustave L a r r o u m e t
lit
Les
relations
s'arrangèrent,
sans doute grâce à Alphonse Daudet qui les
fit se rencontrer chez lui, à Champrosay. Et
Larroumet écrivit sur l'uvre entière
de Goncourt un long article, daté du 1er mars
1896, «M. Edmond de Goncourt». On peut le lire
dans Études de littérature et d'art,
4e série, Hachette et Cie, 1896. Ce n'est pourtant
pas cette étude fouillée que l'on donne
ici, mais un extrait de celle qui est consacrée
à Alphonse Daudet, où, dans le passage ici
proposé, abondent les remarques
intéressantes et fines sur les deux
Goncourt.
Ce
n'était pas l'amour fou
entre Larroumet
et Edmond de Goncourt. Gustave Larroumet (1852-1903)
finit professeur à la Sorbonne, nommé pour
la rentrée de 1891 : rien d'attirant pour
Edmond, qui éprouvait le plus solide mépris
pour les universitaires de son temps. Et
réciproquement : nul, au sein de
l'Université, n'avait pardonné aux Goncourt
leur boutade : l'antiquité a peut-être
été faite pour être le pain des
professeurs. La rencontre des deux hommes date de 1888,
et n'avait rien d'une partie de plaisir :
c'était à l'occasion de Germinie
Lacerteux, récrite pour le
théâtre par Edmond et
représentée pour la première fois
à l'Odéon, le 19 décembre 1888, avec
Réjane dans le rôle de Germinie. Une
pièce jouée sur la scène d'un
théâtre subventionné était,
plus qu'une autre, soumise à la censure. Souvent,
la négociation se faisait à l'amiable,
entre le directeur de théâtre, l'auteur et
les membres de la commission d'examen, qui
dépendaient de la direction des Beaux-Arts.
Edmond, qui s'en étonnerait, refusa ce qu'il
voyait comme une compromission : on lui demandait de
supprimer ou de modifier des mots jugés crus. Or,
en 1888, Larroumet venait d'être nommé
directeur des Beaux-Arts. Il assista en personne, le
lundi 17 décembre, à la
représentation qui précédait celle
offerte au public et où la censure devait juger en
dernier ressort si la pièce pouvait être
donnée sans offenser les chastes oreilles.
Larroumet se souvint longtemps que ce soir-là,
dans la salle vide, les membres de la censure
s'installaient au premier rang avec le directeur du
théâtre (Porel), tandis qu'Edmond, furieux,
s'asseyait au dernier rang, sans adresser la parole
à personne, ni avant, ni pendant, ni après
la représentation. Puis, il y eut l'interdiction
de La Fille Élisa, adaptée par Jean
Ajalbert, qui fut représentée au mois de
décembre 1890 au Théâtre-Libre
d'Antoine (où la censure n'avait pas son mot
à dire), mais interdite au théâtre de
la Porte Saint-Martin où elle devait être
reprise au mois de janvier 1891, Larroumet étant
encore directeur des Beaux-Arts.
z
Gustave Larroumet,
«Alphonse Daudet», dans Études de
littérature et d'art, 4e série, Librairie
Hachette et Cie, 1896
Extrait
de