Edmond de Goncourt vu par Albert Flament

Albert Flament, Le bal du Pré-Catelan, Librairie Arthème Fayard, 1946
On
est en 1924. La Panthère (c'est le doux surnom
de la maîtresse de Léautaud) est malade.
Léautaud lui achète
Crève-Cur, un roman, par Albert
Flament, paru cette année-là, et qu'il
avait beaucoup aimé. Trois ans plus tard, lisant
La Vie amoureuse de Lady Hamilton, par le
même Albert Flament, qui avait paru dans la
collection «Vies amoureuses» de Flammarion, il
déchante : le livre, écrit-il, est une
ordure, romanesque de pacotille et style à
l'avenant. Le même Albert Flament fit
paraître,, en 1946, Le Bal du
Pré-Catelan, où il donnait un journal
qu'il avait tenu du 5 janvier 1895 au dernier jour de
1899, et que, sans aucun doute, il avait
réécrit pour l'occasion. Un livre qui nous
intéresse malgré tout; dans la mesure
où il évoque Edmond de Goncourt. Albert
Flament était un ami très proche de Lucien
Daudet, et comme tel, assistait aux réceptions de
Julia et Alphonse Daudet à Champrosay. Le livre
n'apporte aucune révélation fracassante, le
style en est insignifiant, mais il est toujours
agréable de lire des textes écrits sur
Edmond et/ou Jules de Goncourt.
Albert Flament ne semble pas mériter qu'on
le tire de l'oubli où il est tombé. Il
s'était cru une vocation de peintre, à
tort, sans aucun doute. Il a écrit des
romans : outre Crève-Cur
cité, entre autres, Fureur d'aimer, et L'Homme
aimé. Aimé par qui ? En ce qui nous
concerne, nous mourrons sans l'apprendre. Des
essais : sur Manet , sur la Malibran. Des
pièces de théâtre, dont Manon
fille galante, en collaboration avec Henry Bataille.
Albert Flament fut conférencier (en mémoire
d'Edmond de Goncourt, on relèbe une série
de conférences sur la société sous
Louis XV, dont une série fut consacrée
à la Camargo), mémorialiste,
préfacier. Il semble avoir été un
familier de Henri Lavedan, et il a préfacé
le catalogue de la vente des Almanachs chantants et
galants du XVIIIe siècle (L.
Giraud-Badin, 1928), composant la collection de celui-ci.
Ajoutons qu'il fut un des nombreux amis de Proust, qui se
servait de lui pour échapper à l'angoisse
de rentrer dans sa maison après telle
soirée mondaine chez Madame Arman de Caillavet -
c'est Albert Flament lui-même qui le
raconte.
À
Champrosay, chez Alphonse et Julia Daudet,
«Le
ton de la chair est d'un homme qui ne sortirait
qu'à la chute du jour, blanc presque comme les
cheveux, mais d'une nuance tournant à la cire,
dans laquelle les yeux noirs, ronds et brillants,
prennent plus d'éclat. Aucune attention à
moi, et je m'en félicite. D'ailleurs, il ne
regarde pas comme Alphonse Daudet. Il a conservé
son foulard blanc, porte sous sa jaquette noire un tricot
de laine foncée et des manchettes de laine rouge
vermillon tricotées, qui déborde du linge
empesé. Dès qu'il s'est assis, à la
droite de Mme Daudet, il place sur sa tête une
petite calotte de soie noire. Il déclare
être souffrant. Une réelle noblesse dans ce
qu'on désigne par le mot prestance ; large
d'épaules et une manière d'aisance que
j'imagine d'un capitaine du temps des Choiseul. Il
condescend d'un sourire. Sourit encore lorsque
Léon parle tout crûment d'une certaine
Madame, mais avec l'affirmation d'une
supériorité et le geste de conciliation
d'un homme bien élevé et admirateur de la
femme objet d'art, mais rouage très
compliqué, comme une montre sujette à des
dérèglements. La
conversation part vite sur le banquet que l'on organise
en son honneur. Invitera-t-on tel ou tel ? Les
femmes y assisteront-elles ? Quelles
seront-elles ? On se décide pour les femmes
des membres du comité seulement. Mme Octave
Mirbeau semble gênante cependant
Ici, la voix
de Mme Daudet domine la conversation pour plaider pour
une femme. Le nom de Rochefort est lancé.
Viendra-t-il ? - "Non! je préfère
qu'il n'y assiste pas!" dit M. de Goncourt. D'hommes
politiques, il n'y en a pas dans le comité ;
mais au dernier moment, quelques-uns seront
invités, Clemenceau fera un petit discours. M. de
Goncourt voudrait bien convier deux ou trois de ses
vieilles amies. On décide qu'elles viendront. Et
c'est le tour de la princesse Mathilde : - "Je ne le
lui demanderai pas! dit Goncourt. Je n'y tiens pas ;
elle donnerait une couleur bonapartiste au
banquet." [
]
Retour au cabinet de travail ; pendant le
thé, la conversation vient à Jules
Lemaître que M. Daudet croit, sans aigreur
d'ailleurs, l'avoir "fréquenté de trop
près et avoir mis dans ses pièces des
scènes de ses romans à lui, Daudet." -
"C'est comme moi, riposte aussitôt M. de Goncourt,
il a horriblement léché mes pièces,
et son genre est, au fond, le même que le
mien." J'aperçois,
tandis que le thé circule, Alphonse Daudet qui,
derrière son bureau, sort une seringue et se fait
une piqûre.
le dimanche
10 février 1895
"- Un flacon tous les trois jours!" me dit
douloureusement Lucien.
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5 novembre 1896.
Le dernier
volume du Journal paru, lu par Lucien
Daudet
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Samedi 29
février 1896. Première
de Manette Salomon
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18 juillet
1896.
Doutes à propos de l'académie des
Goncourt
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