9 mars 2004 

Les Goncourt et les époux chinois de
Charles Cordier

 

E. et J. de Goncourt
Études d'art. Le salon de 1852 - La peinture à l'exposition de 1855

Librairie des Bibliophiles, 1893
p. 144-146.

 

CORDIER (1338). - Époux chinois. Groupe plâtre. Hao-tsing-tsing! Salut, chers époux, qui avez accordé au Salon, comme on dit chez vous, «l'illumination de votre présence!» Couple prédestiné, uni avec un cordon de soie par le vieillard de la lune Youe-Lao! Que le dragon à gueule béante, en face votre toit, avale Nioki et mauvais sort! Que votre jardin fleurisse comme les jardins de Youen-ming-youen! Que toujours, sous les coups du maillet de bois, le loo vous chante harmonieusement ses musiques métalliques! Que jamais le long-tsing ne manque à vos tasses! Je vous aime, chers mariés; et sur ma carte de félicitation [sic] je vous dessinerai un enfant, un mandarin, un vieillard accompagné d'une cigogne, car je vous veux les trois félicités : un héritier, un emploi public, une longue vie. - L'homme et la femme, à côté l'un de l'autre, sont vus jusqu'à la ceinture. La femme a une robe de soie à larges manches, attachée de yu d'argent, par-dessus un vêtement plus long. L'homme porte un grand spencer à manches, le ma-koua de son pays. Il n'a ni barbe ni moustaches, car il n'a ni soixante, ni quarante ans. La queue, qui lui part du sommet de la tête, vient reposer sur son épaule. À la main, il tient une petite pipe à opium. Derrière lui est une sorte de dossier, formé de grecques en bois de fer. La femme ne laisse plus pendre ses cheveux en longues tresses, ainsi qu'elle faisait, jeune fille; elle les a relevés et évasés sur le haut du front; elle les a aplatis en masse et remontés derrière la nuque, comme une coiffe à la Isabeau. Et là-dessus, sur ces cheveux ainsi montés, elle a placé la grande parure, l'ornement d'or et de bijoux, le fong-hoang, le phénix chinois. Aux oreilles, elle s'est accroché les papillons filigranés. En main, elle tient son éventail. Derrière elle, sur une petite pagode, sont ses bottins de quelques pouces. Les sourcils se dessinent en une belle ligne courbe, comparable à la feuille du saule printanier; ses ongles sont longs comme les griffes du bradype. Elle jette un regard moelleux de ses yeux obliques. C'est une sœur de la Siao-man du poète, une jeune immortelle du ciel de jade. - Le mari a le front et le bas du visage fuyants et inclinés en arrière, les lèvres proéminentes, le nez épaté, les narines écartées comme un Éthiopien, les sourcils relevés à l'extrémité. Il est beau, lui aussi; mais, hélas! il lui faudra manger encore bien des plats de pé-tsai, arrosés de bien des coupes de siou-hen-tsou, pour devenir un personnage considérable, l'air tchong et «de bonne mesure», et bien emplir un fauteuil.

ILLUSTRATION

Détail du buste du Chinois
exposé en 1853
Bronze doré émaillé,
Hamilton (Canada), Art Gallery of Hamilton

Reproduit selon le catalogue, n° 80 (p. 61).  

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