La fin de sa
vie s'écoula dans cet atelier où le peintre
était si bien chez lui, et où il retrouvait
tout autour de lui ce bouquet de tons enchantés,
ces splendeurs et ces lueurs qu'il semait sur la toile.
Il vivait là, au milieu de choses où sa
palette prenait des rayons, dans un monde d'objets
éblouissants, de feux qui jetaient sur sa peinture
le reflet de leur flamme et l'enchantement de leur
lumière. A mesure qu'il vieillissait, il appelait
à lui ce soleil magique des pierres
précieuses qui réchauffait ses yeux et son
génie ; il entassait dans son atelier ces
pétrifications d'éclairs, les pierres
fines, les quartz et les cristaux de roche, les
améthystes de Thuringe, les cristaux
d'étain, de plomb, de fer, les pyrites et les
marcassites. L'or natif, les buissons d'argent vierge en
végétation, les cuivres gorge-de-pigeon et
queue-de-paon, les morceaux d'azur, les malachites de
Sibérie, les jaspes, les poudingues, les cailloux,
les agates, les sardoines, les coraux, tout
l'écrin de la nature était vidé
çà et là sur les
étagères. Puis, dans ce merveilleux
musée des couleurs célestes de la terre,
venaient les coquilles avec leurs mille nuances
délicates, leurs prismes, leurs reflets
changeants, leurs chatoiements d'arc-en-ciel, leur rose
tendre et pâle comme une rose noyée, leur
vert doux comme l'ombre d'une vague, leur blanc
caressé d'un rayon de lune : les tuyaux de
mer, les buccins, les pourpres, les tonnes, les volutes,
les porcelaines, les huîtres, les pétoncles,
les curs, les moules, végétations de
perle, d'émail et de nacre, groupées comme
des parures dans les meubles de Boule, dans les cabinets
de bois d'amarante, ou répandues sur les tables
d'albâtre oriental, à côté des
torchères de bois sculpté.