Nous deux Edmond

Repères biographiques

14

mai

2003

Nous travaillons énormément
nous deux Edmond…
Lettre de Jules de Goncourt
à Louis Passy, 17 septembre 1850.
 P R E M I È R E   P A R T I E
Jusqu'en 1870

Pour aller tout de suite à la deuxième
partie : Edmond sans son frère (1870-1896)
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E  D  M  O  N  D   et   J  U  L  E  S 
 

Remarques préliminaires

La source de cette biographie très succincte est le Journal des frères Goncourt. La diversité obligatoire de toute vie et le caractère hétérogène d'événements rapportés presque au jour le jour ont été respectés. On a eu recours, parfois, à la biographie d'André Billy, Les Frères Goncourt (Flammarion, 1954).

Alain Barbier Sainte Marie a reconstitué, indépendamment du Journal, l'histoire de la famille. Les précisions de date, de lieux ou de personnes proviennent des Archives départementales de la Haute-Marne, des Archives de Paris, des Archives de l'académie Goncourt à Nancy (en dépôt aux Archives municipales de Nancy, pouvant être consultées après accord préalable, écrit, de l'académie Goncourt).

 

La famille

 
 
1753

Jean-Antoine Huot, le grand-père des deux frères, naît en 1753 et meurt en 1832.

 
1783
 
Naissance à Bourmont (Haute-Marne) de Pierre Antoine Victor Huot, «l'oncle Victor», capitaine d'artillerie de la Grande Armée, député des Vosges à l'Assemblée nationale de 1848 à 1851. Meurt le 11 juillet 1857.
 
1786
 
L'arrière-grand-père, Antoine Huot (1731-1809), garde-marteau des Eaux-et-Forêts à Bourmont, acquiert par échange la terre de Goncourt en Haute-Marne ; Louis XVI confirme par lettres patentes (1787) l'acte de vente de la seigneurie d'où la famille tire son nom.
 
1787
 
Naissance à Bourmont de Marc Pierre Huot de Goncourt, chef d'escadron et héros de la Grande Armée, père des deux frères. Meurt le 7 janvier 1834.
 
1798
 
Naissance à Paris d'Annette Cécile Guérin, mère d'Edmond et Jules, et fille d'Adélaïde Louise Monmerqué, qui épousa en premières noces un fermier général, Louis Marie Le Bas de Courmont, et, en secondes noces, François Pierre Guérin, fournisseur aux armées.
 
1821
 
Le 10 juillet, mariage à Paris de Marc Pierre Huot de Goncourt et d'Annette Cécile Guérin.
 
1822
 
26 mai, naissance d'Edmond, à Nancy.
 
1824
 
Le 6 mars, naissance à Paris de Nephtalie Jenny Cécile, sœur d'Edmond ; morte le 29 janvier 1825.
 
1829
 
Le 12 mars, naissance à Paris d'Emilie Alexandrine, seconde sœur, morte du choléra à Chaumont (Haute-Marne), le 13 avril 1832.
 
1830
 

17 décembre, naissance de Jules, à Paris.

 

 

1830-1851. Enfance et jeunesse

  

Edmond est élève à la pension Goubaux (Prosper Goubaux, homme de lettres, collaborait avec Dumas père, Legouvé et E. Sue), puis entre en troisième au lycée Henri IV et en rhétorique au collège Bourbon. De 1842 à 1844, il est étudiant en droit. Jules, au collège Bourbon (1842-1848), est plus brillant que son aîné. De 1846 à 1848, Edmond est comptable à la Caisse centrale du Trésor public. A la mort de leur mère, le 5 septembre 1848, son héritage les autorise à vivre en rentiers. En juillet 1849, se croyant destinés à une carrière d'artistes, Edmond et Jules vont à pied de Bar-sur-Seine (Aube) à Marseille, puis embarquent pour Alger, où ils passent un mois. Ils ont dessiné et peint à l'aquarelle monuments et paysages. Ils reviennent à Paris au mois de décembre. Le 10 janvier 1850, ils s'installent rue Saint Georges, n°43, où ils resteront jusqu'en 1868.

1830-
1851
  

 

1851-1870. Ils vivent et écrivent ensemble

La vie littéraire des deux frères débute en 1851, et par l'échec de leur premier livre, En 18., publié à compte d'auteur : le livre devait paraître le jour du coup d'État, le 2 décembre!, et ne sortira que le 5 décembre. Jules Janin, qui fait leur connaissance à cette occasion, est le seul à les féliciter. Ils commencent le Journal, tenu par Jules.

1851
 
Œuvre principale publiée

En 18..

 

Le 12 janvier, ils deviennent journalistes, à l'hebdomadaire L'Eclair, puis le 20 octobre, au quotidien Paris, publications de leur cousin Ch. de Villedeuil ; cette collaboration durera 15 mois. Pour quelques vers cités dans une nouvelle et jugés licencieux, ils sont inculpés d'outrage à la morale publique. Ils seront acquittés mais blâmés en février de l'année suivante, et en garderont la terreur de la censure et de la Justice. Parution de leur Salon de 1852, reprise des articles publiés dans L'Eclair d'avril à juin 1852, où ils glorifient la peinture du paysage en France. Du 6 au 15 octobre, les frères accompagnent Gavarni à Londres, soi-disant (cf. L'Eclair n°40 du 9 octobre 1852) pour compléter «une série d'études sur les bas-fonds de la grande cité». En réalité, ce fut surtout le prétexte d'une escapade amicale entre trois célibataires, et l'occasion, pour Gavarni, d'y vendre une lithographie à un illustré londonien. Tout en exerçant le métier de journaliste, les Goncourt fréquentent la bohème artistique chez Peyrelongue, un marchand de tableaux de la rue Laffitte. On y retrouve Nadar et H. Murger. Leurs excursions en groupe dans les auberges des villages bordant la forêt de Fontainebleau serviront pour Manette Salomon. Ils font la connaissance d'Aurélien Scholl, avec qui les relations, chaleureuses en premier lieu, se refroidiront à mesure que Scholl deviendra un personnage public.

1852

 

Des articles qui avaient paru dans les journaux de Villedeuil sont repris en volume, sous le titre de La Lorette, ouvrage illustré par Gavarni, qu'ils avaient introduit à L'Eclair et qui deviendra leur grand ami, leur modèle et leur inspirateur jusqu'à sa mort, en 1866 (cf. Cahiers E. & J. de Goncourt, n° 1-1992, p. 23-34). Leurs chroniques théâtrales et celles de Villedeuil, qui signe l'ouvrage avec eux sous le pseudonyme de Cornélius Holff, sont rassemblées dans Mystères des théâtres 1852.

1853
 

 

Ils publient leurs premiers livres d'histoire, écrits à partir de brochures, journaux et estampes du temps, mais sont encore tenus pour des amateurs ; ils ont pourtant consulté des monceaux de documents, trop peut-être aux yeux des historiens de leur propre époque. Les premiers articles sur l'art du XVIIIe siècle français paraissent.
1854-
1855
 
Œuvres principales publiées

Histoire de la société française pendant la Révolution

Histoire de la société française pendant le Directoire

Du 8 novembre 1855 au 6 mai 1856, ils parcourent l'Italie, où ils prennent des notes, dessinent et peignent à l'aquarelle. Ils font l'éloge des Primitifs italiens. De juin 1856 à mai 1857, ils fréquentent la bohème littéraire au restaurant Dinochau, quartier Bréda, celui des lorettes. Les journalistes de la petite presse, là rencontrés, seront peints dans Les Hommes de lettres (devenu Charles Demailly). Ils passent le mois de septembre à Gisors, chez leur ami Louis Passy, ce qui leur donne l'occasion de faire, dans le Journal, un portrait de sa sœur Blanche, qui sera un des modèles de Renée Mauperin.

1855-
1856
 
Œuvre principale publiée

Une voiture de masques, recueil réédité, remanié par Edmond, en 1876, sous le titre Quelques créatures de ce temps

Ils rencontrent à L'Artiste, en janvier, Théophile Gautier, le premier maître littéraire d'Edmond, et en avril, Flaubert. Ce mois, paraît leur biographie de Sophie Arnould, cantatrice, courtisane et femme d'esprit du XVIIIe siècle. La mort, le 11 juillet, de leur oncle Victor Huot de Goncourt est prétexte à des pages émouvantes dans le Journal, où sont évoqués des souvenirs familiaux à Neufchâteau (Vosges) et dans le berceau des Huot en Haute-Marne.
1857
 
Œuvres principales publiées

Sophie Arnould

Portraits intimes du dix-huitième siècle, 1e série

 

Monselet décrit, dans le Figaro du 24 février, les deux frères en «rococotiers du XVIIIe siècle». La rencontre des frères Marcille, collectionneurs (Prud'hon, Chardin, etc.), est le début d'une amitié entre quatre tempéraments d'artistes. Edmond et Jules partent à la fin du mois de septembre pour Bar-sur-Seine, chez leurs cousins Labille : ils préparenr Les Hommes de lettres (Charles Demailly). Ils iront presque tous les ans chez les Labille, en été.

1858
 
Œuvres principales publiées

Histoire de Marie-Antoinette

Portraits intimes du dix-huitième siècle, 2e série

Le 17 février, Jules fait tirer sa première eau-forte, le portrait d'Augustin de Saint-Aubin, destiné à illustrer le fascicule de L'Art du XVIIIe siècle. Le 11 mai, Flaubert va les voir chez eux. Le 15 mai, ils donnent leur opinion (défavorable) sur Napoléon III. C'est l'année où, pour la seule fois, le 15 novembre, les frères sont séparés pendant 24 heures : Jules, à Rouen, va copier des lettres de la duchesse de Châteauroux au maréchal de Richelieu. Au mois de décembre, ils achètent, dans la plus grande excitation, le dessin de Moreau le jeune, La Revue du roi. Au mois de janvier de l'année suivante, ils l'accrochent, toujours heureux, au mur de leur salle à manger.
1859
 
Œuvre principale publiée

Début de la parution de L'Art du dix-huitième siècle en fascicules

 

Le 12 janvier, ils reçoivent à dîner Flaubert ; ce sera le début d'une correspondance qui ne s'arrêtera qu'en 1880, à la mort de Flaubert. Le 5 février, au cours d'un déjeuner chez Flaubert, son ami Louis Bouilhet raconte aux frères une anecdote sur l'hôpital de Rouen, qui déclenchera Sœur Philomène. Ils publient Les Hommes de lettres, texte écrit d'abord pour le théâtre, mais refusé et transformé en roman. C'est un ouvrage à clefs, et les journalistes qui s'y sont reconnus en conçoivent une grande irritation. Les Goncourt prêtent 14 dessins de l'école française du XVIIIe siècle pour une exposition organisée salle Martinet par Ph. Burty pendant l'été. Ils voyagent en Allemagne avec Paul de Saint-Victor, pour visiter les musées, et quand ils seront de retour à Paris, Edmond sera parrain de sa fille, Claire.
1860
 
Œuvres principales publiées

Les Maîtresses de Louis XV, 2 vol.

Les Hommes de lettres

 

 

Murger meurt, et les Goncourt assistent, avec indifférence et lucidité, à ses obsèques. Toujours avec Saint-Victor, ilsvoyagent aux bords du Rhin et en Hollande. A Paris, Sainte-Beuve vient les voir rue Saint Georges. Sœur Philomène est refusée par Michel Lévy, mais publiée chez Bourdilliat (Librairie nouvelle). Ils achètent, à la Porte chinoise, des dessins japonais.
1861
 
Œuvre principale publiée

Sœur Philomène

 

Le 16 août, mort de Rose Malingre, dévouée domestique de la famille depuis 25 ans, qui menait cependant une double vie ; elle sera le modèle de Germinie Lacerteux. Le même jour, ils sont conviés à Saint-Gratien (Val d'Oise), chez la princesse Mathilde, et retourneront chez elle, à Paris, le 13 décembre, après la parution de La Femme au XVIIIe siècle ; ils y rencontrent Nieuwerkerke, qui est là chez lui. Le 22 novembre, Gavarni, Sainte-Beuve, le docteur Veyne, Philippe de Chennevières et les Goncourt inaugurent le premier dîner Magny (du nom du restaurateur) ; Flaubert y est reçu le 6 décembre. La princesse invitera régulièrement les deux frères, puis Edmond seul, après la mort de Jules, et l'aîné lui restera fidèle, même sous la IIIe République.
1862
 
Œuvre principale publiée

La Femme au dix-huitième siècle

Le 21 janvier, grande soirée chez la princesse Mathilde : ils rencontrent le prince Napoléon. Pour la première fois, les Goncourt se rendent à Croisset, chez Flaubert, du 29 octobre au 2 novembre. Théophile Gautier est reçu en mai au dîner Magny. Tourgueniev, «un colosse charmant, un doux géant», l'avait été le 28 février, Renan et Taine en mars. Début octobre, les Goncourt racontent l'achat d'estampes japonaises érotiques, les shunga.

1863
 

Renée Mauperin, qui avait paru l'année précédente en feuilleton dans L'Opinion nationale, est publiée en volume, et dédiée à Th. Gautier. La princesse Mathilde se déplace rue Saint-Georges pour voir les collections des Goncourt qui commencent à être réputées.
1864
 
Œuvre principale publiée

Renée Mauperin

Date capitale de la littérature du XIXe siècle : la publication de Germinie Lacerteux, avec une préface importante, manifeste du naturalisme. Le 5 décembre, la représentation d'Henriette Maréchal, au Théâtre Français, est couverte par une cabale tonitruante : on accuse les deux frères d'avoir été imposés par la princesse Mathilde. Les représentations s'interrompent après six soirées très chahutées. Jules Vallès défend la pièce.
1865
 
Œuvre principale publiée

Germinie Lacerteux

 

 Gavarni meurt le 24 novembre : très émus, les Goncourt ont le sentiment d'avoir perdu leur tuteur. En 1873, paraîtra sa biographie par ses fils spirituels. Des extraits de leur journal sont publiés, sous le titre Idées et sensations ; ils sont dédiés à Flaubert.

1866
 
Œuvre principale publiée

Idées et sensations 

D'avril à mai, les Goncourt séjournent à Rome et préparent ainsi la rédaction future de Madame Gervaisais. La Patrie en danger, alors titrée Blanche de La Rochedragon, est refusée au Théâtre Français ; elle sera jouée au Théâtre Libre en 1889. Edmond est nommé chevalier de la Légion d'honneur le 1er septembre. Manette Salomon est dédiée «À la Table de Magny».
1867
 
Œuvre principale publiée

Manette Salomon, 2 vol.

 

Jules souffre de la syphilis, contractée en 1850. Pour échapper au bruit de la ville et trouver le calme, les frères achètent une maison à Auteuil, 53 boulevard Montmorency (depuis février 1890, n°67). Le 29 octobre, dans le Journal, Edmond et Jules revendiquent l'antériorité de leur goût pour la chinoiserie et la japonaiserie, faisant allusion à des descriptions dans En 18.. ; il y en avait eu aussi dans Manette Salomon. Les Goncourt rencontrent Zola, leur «admirateur» et «élève», et l'invitent à déjeuner chez eux, le 14 décembre. Autre dîner célèbre : le 10 avril (vendredi sai,nt), les Goncourt font maigre, chez la Païva, mais ce jour-là, Sainte-Beuve organise, pour le prince Napoléon, un dîner gras.

1868

 

Madame Gervaisais est dédiée «A la mémoire de Madame***», en réalité leur tante, Nephtalie Le Bas de Courmont, morte à Rome en 1844. Jules souffre de plus en plus de troubles nerveux très graves et commence un douloureux traitement à base d'hydrothérapie. Durant toute l'année, il est en proie à des maux et idées noires, que des promenades au bois de Boulogne puis une cure à Royat ne parviennent pas à soulager ou à chasser.
1869
 
Œuvre principale publiée

Madame Gervaisais

 
 Le 19 janvier, Jules cesse de rédiger le Journal. Il s'abîme dans une vie végétative, et devient presque aphasique. Il meurt le 20 juin, après une agonie décrite par Edmond en termes pathétiques dans le Journal. Le 4 septembre, la République est proclamée, «Oui, la République…», mais ce qui accapare l'attention est la guerre.
1870

 

Le 20 juin 1870, Jules de Goncourt meurt

 S u i t e  de la  b i o g r a p h i e  

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